Madame de Girardin a abordé tous les genres; prose et vers, romans, contes, odes, élégies, poèmes épiques, romances, théâtre, politique, etc.; quoique, dans plusieurs de ces genres, elle ait eu des succès de nature à tenter l'ambition de bien des hommes de lettres, nous citerons, comme une des choses les plus jolies, les plus simples et le mieux senties, qu'elle ait jamais écrites, quelques vers à son neveu O'Donnel, à qui elle a dédié le conte intitulé la Tour du prodige. Madame de Girardin a un talent souple et délicat. Elle a beaucoup vécu dans le monde et l'a observé avec fruit, ce qui donne à son esprit une tournure de scepticisme finement railleur, dont elle abuse quelquefois, mais qu'on lui pardonne volontiers, parce que, en général, elle est amusante. Quoique nous ne soyons guère partisans des travestissements de femmes en hommes, nous ne nous sentons pas le courage nécessaire pour critiquer le ton frondeur, les airs un peu évaporés du vicomte de Launy, parce que nous pourrions bien nous attirer sur les bras tout l'auditoire habituel des causeries du noble vicomte, ce qui ne serait pas une petite affaire. Les lectrices de la Presse surtout ne nous pardonneraient pas de toucher à l'écrivain bien-aimé qui, dernièrement envoie, dans son feuilleton hebdomadaire, plaidait avec tant de verve comique la cause de l'esprit des françaises contre celui des Français; et, quand même la paix avec tout le monde ne serait pas un des premiers besoins de notre nature débonnaire, nous n'aurions jamais la témérité de nous exposer à encourir les colère de ces dames.

MADAME DESBORDES-VALMORE.

Sans compter ses ouvrages en prose, madame Desbordes-Valmore a publié des idylles, des élégies, des romances, des contes d'enfants, des espèces de fables, des poésies diverses, etc.

Mieux inspirée, en général, par l'amitié et l'amour maternel et filial que par l'amour proprement dit, madame Desbordes-Valmore a exprimé assez heureusement ces sentiments dans les pièces de vers intitulées les Deux Amitiés, Une Mère, le Petit Arthur de Bretagne à la Tour de Rouen, le Rêve de mon Enfant. Une petite élégie surtout, qu'elle a dédiée à ses enfant, mérite d'être citée, parce qu'elle reflète l'âme de la mère de famille sage, calme, résignée au malheur, et toute dévouée à sa douce mission de mère.

Si madame Desbordes-Valmore consentait à se renfermer toujours dans la sphère modeste des émotions qui reposent le cœur, nous n'aurions guère que des éloges à donner à son talent; lorsque, par exemple, elle chante auprès d'un berceau quoique naïve et douce chanson pour endormir l'enfant qui vient de lui sourire, sa voix a des accents de tendresse émue qui pénètrent l'âme. On aime à suivre les intéressantes causeries dans lesquelles elle essaie l'intelligence des enfants; on s'associe à ses joies d'amie, à ses sentiments de piété filiale, à ses espérances de mère, et l'on se laisse aller à rêver avec elle toute une vie de bonheur calme et de simples devoirs, faciles comme des plaisirs, au coin du foyer domestique.

Mais quand madame Desbordes-Valmore aborde la peinture des passions dangereuses pour la paix de l'âme, les courants de cette atmosphère orageuse troublent son style et entraînent l'auteur à de regrettables écarts d'imagination. Alors on se prend à chercher la fille, la mère, l'amie qui savait si bien vous initier un instant avant aux joies des saintes affections, qui prêtait un langage si aimable à la morale de la vie chrétienne, et l'on a besoin de relire ces douces et consolantes homélies, pour se persuader qu'on n'est pas le jouet d'un rêve.

En parcourant les ouvrages de madame Desbordes-Valmore, on voit qu'elle a contracté l'habitude de vivre dans l'intimité des muses tristes. Elle tourne plus volontiers un regard de mélancolique regret vers le passé qu'un regard d'espérance vers l'avenir. Quand elle sourit, son sourire est brode de tristesse, et il ne faut pas beaucoup d'attention pour remarquer sur ses joues, à défaut de larmes coulant encore, des traces de larmes mal effacées. Son parti pris de la vie n'est guère que de la résignation, et chaque victoire qu'elle remporte sur les aspirations refoulées de sa nature ardente et rêveuse atteste les fatigues de la lutte par laquelle elle a été achetée. Cette habitude de l'âme donne au style et à la pensée de madame Desbordes-Valmore une teinte de mélancolie qui n'est pas sans grâce, un caractère de faiblesse qui ne messied pas à une femme; une chaleur vivifiante s'épanche du cœur du poète sur ses écrit, car madame Desbordes-Valmore est véritablement poète par le cœur; mais elle pourrait améliorer beaucoup son style, en s'étudiant à donner un tour plus sobre à l'expression de sa délicate sensibilité.

MADAME ÉLISE VOÏART.

Madame Élise Voïart, née Petit-Pain, ne fut pas, dans son enfance, un de ces petits prodiges dont les parents tirent vanité et qu'on montre comme des animaux savants; sa mère, femme d'un commerçant de Nancy, lui donna l'éducation qui sied à une jeune fille, c'est-à-dire qu'elle lui inspira le sentiment du devoir, et lui fit contracter l'habitude des soins domestiques qui sont dans les attributions naturelles de la femme. Plus tard, quand mademoiselle Petit-Pain dut songer à se créer des ressources personnelles, elle partit pour Paris, recommandée par M. d'Osmond, évêque de Nancy, à l'impératrice Joséphine, qui lui fit une pension, en attendant qu'elle pût se placer comme dame à la maison d'Économie, qu'on organisait alors. Mais mademoiselle Petit-Pain était destinée à un autre avenir: A vingt ans, elle épousa un ancien administrateur des vivres, M. Voïart, veuf et père de deux enfants, dont l'un, mademoiselle Amable Voïart, devait être un jour madame Tastu.

Retirée à Choisy-le-Roi dès la première année de son mariage, madame Voïart consacra son temps à l'éducation de sa tille adoptive et à l'étude de la littérature, vers laquelle elle se sentait entraînée par un goût très-vif. C'était une vocation bien réelle, sans aucun mélange d'ambition ni de gloriole, car la jeune femme se refusa longtemps d'abord à publier ses essais littéraires; et lorsque enfin elle dut céder aux sollicitations devenues trop instantes des rares personnes qui avaient pu apprécier son talent si modeste, elle chercha dans l'anonymat une sorte de refuge contre la publicité dont ses premières productions allaient courir les chances.