On doit à madame Voïart, entre autres choses La Vierge d'Arduène, tradition gauloise; les Lettres sur les toilette des femme: des Essais sur la Danse antique: la Femme ou les Six Amours, ouvrage distingué, en 1828, par l'Académie, comme utile aux mœurs, et couronné d'un prix Montyon; plusieurs traditions lorraines, publiées en deux volumes, sous les titres de; Or, devinez, le Boisseau de Perles, le Poisson d'Avril; des traductions assez, nombreuses d'ouvrages anglais et allemands, sans parler de sa collaboration à divers recueils, journaux et revues, tels que les Cent et Un, les Heures du Soir, etc.

Le talent de madame Voïart n'est pas toujours égal, tant s'en faut: parfois ses historiettes manquent d'invention, d'intérêt, son style est diffus, sans couleur; mais d'autres fois aussi elle raconte avec grâce, clarté et mouvement. Ce que nous aimons surtout dans sa manière, c'est la simplicité, la retenue, la décence d'allure, et l'absence absolue de cette choquante prétention qui gâte les ouvrages de plusieurs de nos dames écrivains. Par malheur, madame Voïart est trop insoucieuse des lois de la grammaire, et même, faut-il le dire? de l'orthographe et de la ponctuation. Cette négligence est poussée si loin, dans les traditions lorraines, par exemple, que l'ouvrage en devient presque inintelligible. Nous engageons madame Voïart à surveiller plus attentivement à l'avenir le travail de ses compositeurs, car il est impossible d'imputer à une personne qui a l'habitude de tenir une plume des fautes si fréquentes, des bévues aussi grossières.

MADAME TASTU.

Madame Tastu s'appelait, avant son mariage, mademoiselle Amable Voïart. Sa mère, sœur du ministre Bouchotte, la laissa orpheline à sept ans. Heureusement, quelques années plus tard, la seconde épouse de M. Voïart venait comme nous l'avons dit, consacrer à la jeune fille tous les soins qu'on peut attendre d'une véritable mère. Mademoiselle Amable Voïart fut très-précoce: des l'âge de neuf ans, elle s'exerçait déjà à rimer, et elle avait à peine dix-sept ans lorsque le Mercure publia une idylle anonyme qui lui avait été surprise, et qui fut remarquée par madame de Genlis, par MM. de Ségur, Tissot et de Jouy.

En 1816, elle épousa M. Testu, qui encouragea de tout son pouvoir le développement du talent qui s'annonçait chez sa femme. A partir de 1820, madame Tastu envoya successivement aux concours de l'académie des jeux floraux quatre pièces de vers: la Veille de Noël, l'Étoile et la Lyre, le Retour à la Chapelle et le Dernier Jour de l'Année, qui obtinrent les honneurs du lis d'argent, de l'amarante d'or et du souci d'argent. En 1821, elle publia sa Chevalerie française, volume de prose mêlée de romances où elle essayait de décrire la vie des Chevaliers d'autrefois; en 1826, elle recueillit en un volume les poésies qu'elle avait composées depuis son mariage; en 1829 elle entreprenait la tâche un peu rude, pour une femme surtout, de résumer, dans ses Chroniques de France (1 vol. de vers in-8º) la physionomie de cinq siècles de notre histoire; en 1835, un nouveau volume paraissait sous le titre de Poésies nouvelles. Outre ces ouvrages, madame Tastu a encore produit deux volumes de nouvelles en prose, plusieurs livres d'éducation et plusieurs traductions, parmi lesquels nous citerons un Cours d'Histoire de France; l'Éducation maternelle; la Suite d'une Fanide, ouvrage commencé par madame Guizot, et une traduction de Robinson, accompagnée d'une notice sur Daniel Defoe. Pour n'omettre aucun des titres de madame Tastu, nous devons ajouter à l'énumération de ses triomphes académiques le prix décerné par l'Académie française à son éloge du madame de Sévigné.

Madame Tastu n'est pas une femme supérieure, sans doute; mais quand nous lui auront reproché la manie raisonneuse par laquelle elle s'est laissé égarer dans une nouvelle intitulée Fabien le Rêveur, l'érudition en matière d'économie politique et de philosophie dont elle fait étalage dans le même opuscule, nous pourrons dire que c'est une femme d'un talent simple, vrai, chaste et châtié. Peu de femmes écrivent avec autant du pureté et de lucidité qu'elle notre langue; bien peu surtout oublient aussi rarement qu'elle leur sexe quand elles écrivent. Aux yeux de madame Tastu, la littérature doit être, pour une femme, un passe-temps et non une carrière, un délassement et non une occupation exclusive. Elle parle des devoirs imposés à son sexe avec une modestie qui lui ferait trouver grâce devant le juge le plus sévère:

As-tu réglé dans ton modeste empire

Tous les travaux, les repas, les loisirs,

Tu peux alors accorder à la lyre

Quelques instants ravis à tes plaisirs.