Il ne faut point douter, vous aimez, vous brûlez!

Vous périssez d'un mal que vous dissimulez.

M. Victor Hugo analyse ainsi le chapitre suivant, qui a pour titre de l'inversion et de l'enjambement: «Vous expliquez à tous ce que c'est que le vers moderne, ce fameux vers brisé, qu'on a pris pour la négation de l'art, et qui en est, au contraire, le complément. Le vers brisé a mille ressources, aussi a-t-il mille secrets. Vous indiquez les ressources au public, qui vous en saura gré, et vous trahissez les secrets des poètes, qui ne s'en fâcheront pas. Le vers brisé est un peu plus difficile à faire que l'autre vers; vous démontrez qu'il y a une foule de règles dans cette prétendue violation de la règle. Ce sont là, monsieur, les mystères de l'art; mais vous les connaissiez comme poète, avant de les expliquer comme prosodiste. Vous avez fait de beaux vers, et beaucoup, et souvent, et vous comprenez mieux que personne combien ce savant mécanisme du vers moderne peut contenir de pensée et d'inspiration. Le vers brisé est en particulier un besoin du drame; du moment où le naturel s'est fait jour dans le langage théâtral, il lui a fallu un vers qui pût se parler. Le vers brisé est admirablement fait pour recevoir la dose de prose que la poésie dramatique doit admettre. De là l'introduction de l'enjambement et la suppression de l'inversion, partout où elle n'est pas une grâce et une beauté. Ce sont là, monsieur, les vérités que vous avez comprises, celles-là et bien d'autres.»

Après quelques considérations brèves et sensées sur l'harmonie imitative et l'harmonie figurative, l'hiatus, les diphtongues, et le choix des mots. M. Wilhem Tenint explique et apprécié successivement les divers rythmes employés par les poètes tant anciens que modernes, l'ode, la ballade, le rondeau, le sonnet, le madrigal, etc. Il expose ensuite, ses idées personnelles sur les poèmes et les romans en vers, et il termine son livre par un chapitre intitulé Inspiration et prosodie. Selon lui, l'inspiration ne doit pas raisonner, mais il faut qu'elle sache. Or, il ne suffit pas aux jeunes poètes d'admirer pour savoir, il est nécessaire qu'on leur démontre. C'est pourquoi il a fait cette prosodie. Médité consciencieusement par les poètes présents et futurs, son livre aura certainement pour résultat d'écraser dans leur œuf, où ils sont tout prêts à célébrer, une foule innombrable de ces mauvais vers qui pullulent avec tant d'audace depuis quelques années. Que l'école moderne soit dans la pratique ce que M. Wilhem Tenint nous la représente et lui conseille d'être en théorie, et elle aura bientôt rallié à elle tout ce qui est noble, généreux, jeune, vivant, grand, honnête et droit.

Histoire des villes de France, avec une introduction générale pour chaque province, chroniques, traditions, légendes, institutions, coutumes, mœurs, statistiques locales; par M. Aristide Guilbert, et une société de membres de l'Institut, de savants, de magistrats, d'administrateurs et d'officiers généraux des armées de terre et de mer, 3 vol. grand in-8, ornés de 60 magnifiques gravures sur acier, des armes coloriées de villes et de provinces, et d'une carte générale de la France par provinces, 200 livraisons à 25 c.--Paris, 1844. Fume, Perrotin et Fournier, éditeurs.--(30 livraisons sont en vente.)

L' Histoire des villes de France que publié M. Aristide Guilbert n'est point une de ces spéculations plus ou moins honnêtes à laquelle quelque auteur connu du vulgaire cousent, moyennant une certaine somme, à prêter le secours de son nom, et qui doivent peut-être un demi succès d'argent aux annonces et aux réclames payées des éditeurs et à l'ingénuité trompée des souscripteurs. C'est un livre sérieux, consciencieusement rédigé par des écrivains du premier ordre, médité et préparé depuis plusieurs années. Les livraisons que nous avons sous les yeux justifient toute les espérances qu'avait fait concevoir l'idée mère et le titre de cette importante publication. Le premier volume comprendra la Bretagne, la Touraine, la Picardie, les trois évêchés, la Champagne, le Limousin et l'Auvergne. Les trente livraisons publiées contiennent déjà les histoires particulières de Saint-Malo, Saint-Servan, Dinan, Ploërmel, Josselin, Montfort, la Caune, Dol, Saint Brieuc, Trégnier, Morlaix, Lannion, Guingamp, Saint-Pol-de-Leon, Brest, Kemper, Châteaulin, Kemperle, Carhaix Vannes, Pontivy, Lorient. Nantes, etc. La découverte récente de documents du plus grand intérêt détermine M. Aristide Guilbert à ajourner la publication de l'introduction générale de la Bretagne et celle de l'histoire de la ville de Rennes.

Dès que le premier volume sera terminé, nous reparlerons de cet ouvrage, si digne sous tous les rapports de nos éloges et de nos encouragements. Les éditeurs tiendront, nous en sommes sûr, les promesses de leur prospectus.

C'est, disent-ils, la biographie universelle des villes de France, c'est un ouvrage entièrement nouveau, et ne ressemblant à rien de ce qui s'est fait ni de ce qui se fait aujourd'hui que nous entreprenons de publier. Jusqu'à présent, on a tout sacrifié au besoin de faire ressortir les annales générales du pays; nous voulons, au contraire, nous, décentraliser et décomposer l'histoire, pour rendre à chaque ville sa part de travail dans l'action commune, son individualité propre et ses titres personnels d'illustration.

«Pour point de départ nous prendrons la municipalité, parce qu'elle a donné à nos villes cette force d'association et d'unité qui les soutient depuis son établissement; pour cadre littéraire l'ancienne division territoriale de la France, parce que nous voulons joindre à nos biographies locales une introduction historique sur les diverses provinces auxquelles elles se rapportent. La galerie biographique des villes de France, telle que nous la comprenons, sera un livre aux mille faces, aux mille reflets, aux mille échos. Là, à chaque page, la gravité et la sévérité de l'histoire seront tempérées par la causerie familière et intime de la chronique; là, la vie publique des hommes célèbres, considérée dans ses rapports avec chaque localité, prêtera aux annales de la cité le charme et l'intérêt d'une influence et d'une intervention morale, qui ont presque toujours échappé à l'investigation des historiens; là, la tradition et la légende, ces deux grandes sources de la poésie nationale, répandront tout le charme, tout le piquant de la fiction et du roman; là, enfin, la description locale déroulera ses innombrables et pittoresques tableaux, c'est-à-dire tout un monde du sites enchantés, de monuments, de palais, de donjons fameux, de citadelles, de châteaux féodaux, d'églises, de cathédrales gothiques, d'abbayes, de couvents et de ruines. Devant nous se dévoileront successivement toutes les scènes, tout les faits, tous les événements, tous les actes qui, pendant des siècles, ont rempli, étonné, ému, passionné nos villes, nos églises, nos camps, nos châteaux, nos assemblées nationales, nos parlements, nos cours de justice: entreprises héroïques, sièges, batailles, faits d'armes, tournois, combats singuliers, troubles civils, conspirations, luttes des pouvoirs, révolutions, belles actions, crimes, causes célèbres, jugements de Dieu, catastrophe et expiations sanglantes.»

Enseignement élémentaire universel ou Encyclopédie de la Jeunesse, ouvrage également utile aux jeunes gens, aux mères de famille, à toutes les personnes qui s'occupent d'éducation et aux gens du monde; par MM. Andrieux de Brioude, docteur en médecine; Louis Baudet, ancien professeur au collège Stanislas, et une société savants et de littérateurs. Un seul volume format du Million de Faits, imprimé en caractères très lisibles, contenant la matière de six volumes ordinaires, et, enrichi de 400 petites gravures servant d'explication au texte. Prix, broché 10 fr.; élégamment cartonné à l'anglaise, 11 fr. 50 c. Paris, J. J. Dubochet et comp., rue de Seine, 33.