Il est hors de doute que nos lecteurs se rappellent le Massacre des Mameluks, un des plus magnifiques tableaux de M. Horace Vernet, tableau qui, après avoir fait l'admiration des amateurs lorsqu'il parut à l'exposition du Louvre, fut acheté par le gouvernement, et se trouve placé, à l'heure qu'il est dans le musée du Luxembourg. Une tapisserie des Gobelins l'a reproduit, et cela d'une façon si supérieure, que, de loin, il est permis de s'y tromper et de croire que l'on à l'original devant les yeux. Les draperies et accessoires sont rendus admirablement, et sans les figures, qui sont par trop basanées, cette tapisserie ferait illusion complète. Les vêtements de l'esclave noir ont une transparence étonnante; le lion a beaucoup de relief, la tête du pacha est bonne.
Notre opinion serait la même à l'égard du Martyre de saint Étienne, si la figure du saint avait moins de fadeur, et par contre plus de caractère. Nous nous souvenons toutefois du tableau de M. Mauzaisse, et ce ne sont pas les artistes en tapisseries que nous pouvons accuser ici. On devrait mieux choisir leurs modèles, et ne faire copier que des toiles généralement reconnues belles.
Vitrail pour la chapelle royale
d'Amboise, exécutée par
M. Roussel.--La Sainte à la
Flèche, d'après Zurbaran.
Le Portrait en pied du roi, par M. Winterhalter, est très-brillant, trop brillant peut-être, car l'on y trouve peu d'harmonie dans les couleurs; néanmoins l'effet général est satisfaisant; les chairs ont de la vigueur; la main droite, par exemple, est trop violacée. L'autre Portrait du roi en uniforme de colonel général des hussards, d'après le baron Gérard, a des qualités réelles et un seul défaut capital: on aperçoit le point, et l'on ne doute pas un moment qu'il ne soit fait en tapisserie. Or, il importe que l'on s'y trompe un peu, lorsqu'il s'agit de la reproduction d'un tableau.
Théière en porcelaine,
style chinois.
A voir l'exposition des produits de la manufacture des Gobelins cette année, on ne peut s'empêcher de remarquer les immenses progrès de cet établissement unique en Europe, et qui n'a de rival en France que la manufacture de Beauvais, si tant est que cette dernière puisse soutenir la comparaison avec elle.
Aucun grand sujet n'a été traité par les artistes de Beauvais, aucune page bien saillante n'a été envoyée au Louvre; cependant il y aurait injustice à méconnaître la valeur de ces tapisseries, et à ne pas en citer quelques-unes devant lesquelles nous nous sommes arrêté volontiers.
Parmi les tableaux, le meilleur, selon nous, est celui qui représente le cerf se mirant dans l'eau, et qui a pour titre: Un tableau de fable. Il est exécuté à l'endroit, d'après Oudry, par Milice (Rigobert). L'exécution de cette tapisserie est à peu près parfaite; le paysage ressemble beaucoup à la nature, et la tête du cerf a une expression extraordinaire.--L'autre tableau, aussi d'après Oudry, représentant encore un sujet du fable, les Deux Chèvres, est certainement d'un bon dessin, autant qu'il est possible dans ces sortes de travaux, mais les tons sont trop verts et en même temps trop effacés. Il est exécuté à l'endroit par M. Louis Préjean.--L'écran de cheminée, la Leçon de lecture, d'après Boucher, est gracieusement fait, surtout, en ce qui regarde les arbres; par malheur les figures sont matérielles et ne rendent pas exactement celles du peintre dont l'artiste, M. Laurent Milice, a choisi un des plus jolis tableaux.--L'écran exposé sous le numéro 11 produit moins d'effet, mais il est moins reprochable sous le rapport de l'exécution.