Deux moyens vases dits cordeliers, deux autres moyens vases dits avates, plaisent surtout par leurs ornements, tandis que leur forme, au contraire est lourde ou étrange. On admire sur les premières des guirlandes de fruits et de fleurs, par M. Jacoldur, et sur les secondes, de délicieuses copies de dessins arabes.
Un vase de M. Henri Tripieti, au fond bleu mat aux ornements, figures et bas-relief blanc mat a une grande originalité; c'est ce qu'on appelle un base-biscuit. Le bas-relief représente les vendanges antiques; il est d'une beauté remarquable sous le rapport de la sculpture et sous le rapport de l'exécution de la porcelaine, due au talent de MM. Delahaye et Mascret.
Mais les vases les plus curieux, les plus complètement réussis, sont sans contredit ceux dont la forme égyptienne a été copiée des dessins gravés sur les murs des tombeaux de Thèbes, et communiqués par M. Champollion. Les ornements répondent bien à la forme de ces vases; ils ont été puisés aux mêmes sources antiques, par M. Huard. Nous ne nous étendrons pas longuement sur leur caractère et sur leur délicatesse, car le lecteur, en les voyant reproduits ici, peut les juger lui-même, à part certains détails qui échappent au crayon du dessinateur.
Nous n'admirons que très-faiblement les vases moyens dits thésacléen, en félicitant M. Fontaine, qui en est l'auteur, des charmantes guirlandes de fleurs qui forment leur ornementation.--Les vases Adélaïde, petits ou sur piédestaux, ont peu de grâce; les premiers, néanmoins, ont des ornements fort beaux, en couleur d'émail.--Le vase en forme de coupe, dit cratère, est superbe, et atteindrait à la perfection, si la couronne de fleurs qui y est dessinée avait plus de brillant.
Sous les numéros 18, 19 et 20, sont exposées trois coupes à réseaux dans le style chinois. Ces coupes ont une délicatesse remarquable; la dernière a une fort belle décoration en or et couleur. Toutefois ni l'une ni l'autre ne sauraient approcher de la petite coupe dite cassolette, dont le fond est vert et pourpre, avec un cartel de fleurs dans un fond de tableau. Si le fini précieux est à bon droit regardé comme la perfection dans ces sortes de travaux, la coupe cassolette mérite nos éloges: aucun autre objet exposé par la manufacture de Sèvres n'est mieux réussi dans le genre.
Des deux déjeuners portant les numéros 22 et 23, le premier est préférable; il est orné de jolis portraits anciens de madame de Bourbon-Penthièvre, de madame la duchesse de Montpensier, du duc de Penthièvre, du duc de Guise, du duc et de la duchesse du Maine. Sur les soucoupes sont peintes des vues diverses du château et du parc d'Eu. M. Moriot a délicieusement sculpté en camée les portraits, et les paysages, composés et exécutés par M. Lebel, sont charmants. Le déjeuner qui nous plaît le moins représente des vues nouvelles du parc de Saint-Cloud, peintures vraiment remarquables de M. Jules André. Mais combien la forme des tasses est lourde! La théière seule est gracieuse.
Ici se terminent les trois divisions que comprend l'exposition des porcelaines de Sèvres. D'autres produits non moins merveilleux du même établissement sont ceux de la peinture sur verre, soit en vitraux de couleur ou teints dans la masse, soit en couleurs vitrifiables appliquées et cuites sur verre ou sur glace.
Le public s'arrête longtemps devant les trois fenêtres pour la chapelle royale de Dreux. L'une représente saint Louis rendant la justice sous le chêne du bois de Vincennes, par M. Rouget; les sculptures sont habilement exécutées par M. Ferdinand Régnier, le paysage est de M. Jules André, dont nous avons déjà cité le nom plus haut. L'autre vitrail est un tableau du Christ au jardin des Oliviers, par M. Larivière, exécuté par M. Roussel. Le troisième représente le Christ en croix, par M. Larivière, exécuté par M. Béranger. Les vitraux sont admirables sans doute, autant par le mérite de l'exécution que par le mérite des difficultés vaincues sous le rapport de la variété des couleurs; mais ils ne sauraient nous satisfaire pleinement au point de vue de l'art, surtout lorsque nous les comparons aux sept fenêtres pour la chapelle royale d'Amboise, comprenant la Vierge, d'après M. Émile Wattier, et sainte Anne, d'après Alonzo Cano, par M. Dubois;--la sainte dite à la flèche, et une sainte tenant un livre, d'après Zurbaran, par M. Roussel;--saint Ferdinand et saint Jérôme, d'après le même, par MM. Eugène Lacoste et A. Apod;--enfin saint Jean, d'après André del Sirto, par M. A. April. Des ornements d'encadrement avec figures, dans le style du quinzième siècle, ajoutent à la beauté de ces fenêtres; ils font le plus grand honneur au talent de M. Viollet-Leduc, qui les a composés, et de M. Dubois, qui les a exécutés. Nous avons choisi les deux fenêtres peintes par M. Roussel: elles sont les plus belles. Jamais des peintures de vitrail n'ont été plus brillantes ni plus vigoureuses.
Les travées de deux fenêtres destinées à l'église de Saint-Flour ont peu de variété, et l'on ne s'intéresse guère à la légende que le peintre a composée. Cette imitation du style Louis XIII a pourtant des parties fort remarquables. Tels sont les épisodes de la vie de saint Flour, lorsqu'il fait construire la cathédrale, et lorsqu'il baptise les infidèles. Les ornements et les armoiries qui décorent ces deux travées ne vont pas avec les sujets. Mais, que dire! C'est monseigneur l'évêque de Saint-Flour qui les a demandés.
Il faut féliciter madame Louise Robert pour son Bouquet de fleurs, peint en couleurs vitrifiables sur une glace de la manufacture de Cirey. La Mort de Jésus-Christ, si nous ne nous trompons, est une partie du beau tableau de feu Gué; le dernier souper du Christ est fort bien rendu aussi par M. Bonnet; seulement, nous reprocherons à l'artiste l'emploi de tons trop jaunes, et des négligences dans les figures. La Vue du parc de Saint Cloud, par M. Jules André, donne une juste idée de ce que l'on peut obtenir avec la peinture en couleurs vitrifiables sur glaces. Ce paysage est à la fois une excellente copie de la nature, et une œuvre d'art hors ligne; mais, à vrai dire, les feuilles des arbres qui composent le premier plan sont d'une forme détestable, c'est en en parlant que l'expression d'épinards n'a pas d'exagération.