L'ILLUSTRATION,
JOURNAL UNIVERSEL,
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Ab. pour Paris.--3 mois, 8 fr.--6 mois, 16 fr.--Un an, 30 fr. Prix de chaque N°. 75 c.--La collection mensuelle br., 2 fr. 75. |
N°70. Vol. III. SAMEDI 29 JUIN, 1844. Bureaux, rue Richelieu, 60. | Ab. pour les Dép.--3 mois, 9 fr.--6 mois, 17 fr.--Un an, 32 fr. Ab. pour l'Étranger. -- 10 -- 20 -- 40 |
SOMMAIRE
Geoffroy-Saint-Hilaire. Buste de Geoffroy-Saint-Hilaire.--Histoire de la Semaine.--Prisonniers arabes en France. Portrait d'Ali ben-Aïssa; Iles Sainte-Marguerite; le Fort Brescou.--Un Voyage au long cours à travers la France et la Navarre, par A. Aubert. Chap. IV et V. Sept Gravures, par Bertall; la Tour de Montlhéry, par Champin.--Des Caisses d'Épargne.--Étuves de Néron ou Tripoli.--Vue intérieure des Étuves de Néron.--La Fête des Allemands à Rome. Une Gravure.--Courrier de Paris. Cour d'Assises de la Seine, procès d'Édouard Donon-Cadot et de Rousselet; Maison de Donon-Cadot; Arrestation de Rousselet; Plan de la Cour d'Assise.--Nouveau Système de Télégraphie. Une Gravure.--Exposition des produits de l'industrie. (Neuvième article.) Armes. Sept Gravures.--Bulletin bibliographique.--Mademoiselle Taglioni. Le Pas de l'Ombre.--Modes. Une Gravure.--Rébus.
Geoffroy-Saint-Hilaire.
Étienne Geoffroy-Saint-Hilaire vient d'être enlevé à la science et à ses amis. Il était ne à Étampes, le 15 avril 1772. Sa famille le destinait à l'état ecclésiastique. Jeune encore, il vint à Paris pour y faire ses études; mais au collège de Navarre, où il fut placé, Brisson professait la physique. Le contraste des méthodes rigoureuses d'une science réelle avec l'échafaudage sans fondement des hypothèses théologiques, frappa vivement son esprit. Au sortir du collège, il se voua donc tout entier à l'étude de la nature. Daubenton et Hany tournèrent ses idées vers la minéralogie. Incarcéré à la suite des événements du mois d'août 1792, Hany fut bientôt relâché sur la demande de l'Académie, et aussi grâce aux démarches actives de son jeune élève. A son tour, le maître servit le disciple, qui devint démonstrateur au cabinet d'histoire naturelle. On était en 1793. La convention nationale organisait à la fois la victoire au dehors et l'administration au dedans. Le jardin du Roi fut transformé en Muséum d'Histoire naturelle, avec un enseignement complet comprenant l'ensemble des sciences naturelles, A cette époque les savants étaient rares; les hommes d'intelligence et d'énergie avaient
pris le parti des armes; mais la convention, qui voyait les grands généraux sortir des rangs de l'armée, savait qu'il y a aussi des naturalistes et des professeurs parmi les soldats de la science. Daubenton, Desfontaines, Dolomieu, Rourcroy, Hany, Jussien, Lacépède, Lamark, Latreille, Chouin, Vauquelin, furent appelés à enseigner les sciences dont ils s'étaient occupés. La chaire de l'histoire naturelle des animaux vertébrés restait seule vacante. La convention décida qu'elle serait occupé par Geoffroy. Encouragé par Lakanal et Daubenton, le jeune minéralogiste accepta, et on sait comme il a justifié depuis le choix dont il fut honoré à cette époque. En peu de temps il se mit à la hauteur de sa mission: non-seulement il étudiait et travaillait sans cesse, mais encore il saisissait avidement toutes les occasions de servir la science à laquelle il s'était dévoué. En voici la preuve. Il connaissait l'agronome Tessier, son compatriote, celui-ci, réfugié en Normandie, lui parle d'un travail sur l'anatomie des mollusques, fait par le précepteur des enfants du comte d'Héricy. Geoffroy écrit au jeune instituteur, qui lui répond: «Ces manuscrits, dont vous me demandez la communication, ne sont qu'à mon usage, et ne comprennent sans doute que des choses déjà ailleurs et mieux établies par les naturalistes de la capitale; car ils sont faits sans le secours des livres et des collections.» Geoffroy insiste, et reçoit le manuscrit accompagné d'admirables dessins. A chaque pas il y découvre des faits nouveaux les vues ingénieuses, le germe enfin d'une classification nouvelle. «Venez, écrit-il au jeune précepteur, venez à Paris jouer parmi nous le rôle d'un autre Linné, d'un législateur de l'histoire naturelle.» Que faut-il le plus admirer dans ces lettres, la modestie de l'homme qui fut Cuvier, ou l'empressement de Geoffroy à ouvrir la carrière à un naturaliste dont il prophétisait la grandeur future? O noble simplicité de ces temps d'enthousiasme et d'abnégation, combien vous êtes loin de nous! Aujourd'hui, le savant lui-même est un calculateur ombrageux qui suppute longtemps d'avance toutes les chances d'une rivalité probable!