Cour d'assises de la Seine;-Audience du 27 juin
1844--Procès d'Édouard Donon-Cadot et de Rousselet, accusés
d'assassinat sur la personne de Donon-Cadot, banquier Pontoise.
Maison de Donon-Cadot, rue Arrestation de Rousselet, assassin de Donon-Cadot.
Basse de la Tannerie, à Pontoise.
Donon-Cadot, ancien marchand de draps à Pontoise, avait abandonné ce commerce depuis 1837, et se livrait à des opérations d'escompte et de banque; il passait pour très-riche dans le pays, et aussi pour très-parcimonieux. Donon-Cadot habitait une des rues les plus fréquentées de Pontoise; une femme de ménage composait tout son domestique. Le riche banquier, continuellement occupé de ses nombreuses affaires, s'installait d'habitude, dès le matin, dans son bureau, situe au rez-de-chaussée et donnant sur la rue par une fenêtre ornée de longs rideaux verts; c'est là que le 15 janvier, vers quatre heures et demi du soir, le fils aîné, le gendre, la sœur, et la belle-fille de Donon-Cadot trouvèrent un cadavre gisant dans le sang et horriblement mutilé: c'était celui du malheureux vieillard. Des traces d'effraction annonçaient que le vol avait suivi l'assassinat; en effet, sur la déclaration du jeune Édouard, second fils de la victime, il fut constaté que l'assassin avait soustrait une somme d'argent s'élevant à peu près à 6,000 fr., et un portefeuille contenant pour plus de 600,000 francs de valeurs.
La justice fit pendant longtemps de vains efforts pour découvrir les traces du coupante; rien n'éclairait ses recherches: enfin, on apprit que plusieurs des billets soustraits chez Donon-Cadot avaient été présentés en paiement à différentes personnes; la justice remonta aux informations, épia, surveilla, se tint sur ses gardes, et enfin, le 15 février, elle opérait l'arrestation d'un jeune homme âgé de seize à dix-sept ans, qui se trouvait porteur d'un billet endossé par Donon-Cadot Ce jeune homme était le fils d'un nommé Rousselet, de Sannois; dès ce moment, tout fut dit; on tenait le coupable.
Le 18 février, Rousselet père était arrêté à Sannois à six heures du matin. Les gens de justice ne le trouvèrent pas chez lui, mais dans une cabane isolée et attenante à un petit jardin dont Rousselet était propriétaire; depuis quelques semaines, Rousselet avait quitté sa maison pour cette retraite solitaire; quand on l'y surprit, il avait un pistolet placé près de lui, mais il n'en fil pas usage pour se détendre; sur le mur de la cabane, près de la porte, on lisait ces inscriptions lugubres, récemment tracées à la pointe d'un couteau:
«Ma tombe est à trente mètres de cette porte, à un mètre du mur.
«Rousselet Père.
«Ne pleurez pas sur ma tombe, je l'ai arrosée de mes larmes en la fouillant.»
Une fosse était creusée, en effet, près de la porte.