D'abord Rousselet nia toute participation au crime; il déclara qu'il avait trouvé les billets dont il était nanti à l'embarcadère du chemin de fer, rue Saint-Lazare. Puis peu à peu, pressé de questions et vaincu par l'autorité des faits, il s'avoua coupable; c'était bien lui qui avait frappé, dans la matinée du 13 janvier, le malheureux Donon-Cadot!
a. Porte conduisant à la chambre du jury.
b. Porte conduisant à la chambre du conseil.
c. Le président.
d. Les conseillers assesseurs.
e. Le procureur général ou son substitut.
f. Le greffier.
g. Le jury.
h. Porte conduisant à la Conciergerie.
i. Banc des accusés.
j. Banc des avocats.
m. Places réservées aux magistrats.
n. Huissiers.
o. Banc des sténographes.
p. Places réservées aux témoins.
q. Porte conduisant à la salle des témoins.
s. Enceinte publique.
t. Porte de l'enceinte publique.
Ce n'était pas assez; il fallait qu'un fait inattendu, douloureux, effrayant, vînt augmenter l'horreur de cette terrible et sanglante aventure; Rousselet avoua qu'il avait un complice; mais quel était ce complice? Après avoir fait planer quelque temps les soupçons sur le jardinier attaché à la maison de Donon-Cadot, Rousselet, abandonnant ce pauvre homme dont l'innocence, en effet, fut aisément constatée, désigna pour son complice... le fils de la victime elle-même, le jeune Édouard Donon-Cadot, âgé de dix-huit ans et sorti, depuis une année seulement, des bancs du collège. Rousselet accusa positivement ce jeune homme de lui avoir suggéré le premier la pensée du crime et de l'avoir poussé à l'accomplir par l'horrible appât d'une somme de cent mille francs.
Devant une pareille complicité, devant l'idée d'un forfait que certains législateurs de l'antiquité avaient déclaré impossible, tant il semble intervenir les lois divines et humaines, les magistrats s'arrêtèrent d'abord; et nous-mêmes, en écrivant ces lignes, nous avons hésité un instant à mêler le nom d'un fils à l'assassinat d'un père; mais nous ne sommes ici que les historiens de ce drame lugubre, et le fait de l'arrestation d'Édouard Donon-Cadot et de sa mise en jugement est plus fort que notre répugnance; comment se taire, en effet? A l'heure même où nous parlons, Édouard Donon-Cadot est assis sur les bancs de la cour d'assises, à côté de Rousselet, et Dieu veuille qu'il parvienne à prouver qu'il n'y a qu'un coupable dans cette sinistre et fatale affaire! Rousselet avoue et accuse; Édouard Donon-Cadot nie.
Quant à la justice, elle s'appuie, pour justifier l'arrestation du jeune Édouard et sa mise en jugement, d'abord sur les aveux formels et réitérés de Rousselet, puis sur les hésitations, les explications embarrassées et contradictoires du malheureux Édouard, et sur des circonstances fatales qui semblent l'accuser. Quand le crime a été commis, en effet, Édouard Donon-Cadot était dans la maison paternelle. Comment n'a-t-il pas entendu le cri épouvantable qu'a poussé la victime, et comment n'a-t-il pas volé à son secours? L'acte d'accusation argue d'aileurs de ce fait, qu'Édouard est resté toute la journée enfermé dans cette maison sanglante, disant à tous ceux qui venaient demander son père, qu'il était absent sans doute dès le malin. Ce ne fut qu'à quatre heures et demie du soir, près de sept heures après l'assassinat, qu'Édouard Donon-Cadot sortit enfin et alla prévenir son frère, non pas du crime, mais de l'inquiétude qu'il éprouvait en ne voyant pas son père, et de ses soupçons qu'il pouvait bien lui être arrivé quelque chose.
Arrêtons-nous là; les accusés sont devant leurs juges, et la vérité doit bientôt sortir du débat dramatique et terrible qui vient de s'engager. Laissons donc la vérité se faire jour dans cette nuit épouvantable, et ne hasardons pas davantage des conjectures et des faits que l'accusation fait peser, il est vrai, sur la tête d'Édouard Donon-Cadot, mais qui ont besoin, pour être démentis ou affirmés, que la voix équitable de la justice ait prononcé le non qui absout ou le oui terrible qui condamne.
C'est devant la cour d'assises de Paris que cette nouvelle cause célèbre est engagée; Me Chaix-d'Est-Ange prête à Édouard Donon-Cadot l'appui de sa vive éloquence. Rousselet est défendu par un jeune avocat de talent, Me Nogent-Saint-Laurent.