M. Mérimée, en abordant cette période de l'histoire romaine, ne s'est pas abusé sur les difficultés de son entreprise. Il savait que les historiens de cet événement, Salluste, Cicéron, Suétone, Plutarque, etc., n'ayant pas pu ou n'ayant pas voulu nous livrer le mot de l'énigme, il lui était difficile de prétendre expliquer ce mystère. S'il n'a donc pas entièrement soulevé le voile, il a du moins jeté un vif rayon de lumière sur le front du conspirateur. Dans un tableau très-animé de la société romaine à cette époque, il a indiqué les causes de la domination que Catilina exerça sur la jeunesse patricienne. Il a ainsi fait comprendre la neutralité, sinon la complicité de Jules César et les honneurs qui furent rendus aux mânes de l'homme mystérieux que le sénat avait essayé de flétrir du nom d'ennemi public.

A coup sûr, si une rare sagacité, fortifiée par des recherches consciencieuses, avait pu résoudre une question que les contemporains ont laissée dans l'obscurité, M. Mérimée aurait complètement réussi. Dans l'introduction de son livre, il se propose surtout d'être sincère et précis; on peut dire qu'il a dépassé le but; car, à ces deux qualités que personne ne lui contestera, il joint celle d'être un écrivain toujours ingénieux et attachant.

G.

Histoire, d'Espagne depuis les premiers temps historiques jusqu'à la mort de Ferdinand VII; par M. Rosseeuw-Saint-Hilaire, professeur agrégé d'histoire à la Faculté des Lettres. Nouvelle édition, revue et corrigée. Tome 1er. 1 vol. in-8.--Paris, 1844. Furne. 5 fr.

Il y a dix ans que M. Rosseeuw-Saint-Hilaire a commencé ce grand travail qu'il refait aujourd'hui. La nouvelle édition de son Histoire d'Espagne formera 10 volumes in-8, qui paraîtront de mois en mois. Le premier vient d'être mis en vente. Nous y avons remarque d'importantes améliorations que nous nous empressons de signaler.

Le premier plan de M. Rosseeuw-Saint-Hilaire avait été de sauter à pieds joints par-dessus les débuts si obscurs des annales de la Péninsule, pour arriver tout droit à l'invasion gothique, point de départ de l'Espagne moderne. Mais la nécessité d'étudier au berceau même de la race ibérique ses mœurs et son caractère, si fidèlement continuées par la race espagnole, l'a décidé à résumer dans une introduction rapide la marche des trois dominations successives qui ont passé sur la Péninsule avant la domination gothique. Les conquêtes phéniciennes et carthaginoises, si peu et si mal connues, y sont moins racontées que jugées, en passant, dans leurs résultats généraux, tenant à la conquête romaine, qui forme à elle seule un ensemble aussi complet que celui de la monarchie gothique, il a dû lui accorder une place plus étendue, sans tomber toutefois dans les interminables longueurs des historiens espagnols. Un aperçu de l'organisation politique et sociale établie par Rome dans la Péninsule complète ce tableau auquel M. Rosseeuw-Saint-Hilaire a joint une courte histoire de l'établissement du christianisme sur ce sol où il a jeté de bonne heure de si profondes racines.

Outre cette introduction, ce premier volume renferme toute l'histoire de l'Espagne gothique, divisée en deux livres. M. Rosseeuw-Saint-Hilaire prend les Goths à leur origine, nous les montre conquérant l'Espagne 410 ans après Jésus-Christ, y fondant un royaume, se convertissant au catholicisme, gouvernant leur conquête pendant trois siècles, et enfin se laissant battre par les Arabes à la fameuse bataille du Guadalete. En terminant son second livre, le jeune et savant historien dit un dernier adieu à ce peuple qu'il a suivi des bords de la mer Noire à ceux du Guadalete. «Nous ne le retrouverons plus dans l'histoire, s'écrie-t-il, car lorsque nous verrons poindre dans les Asturies une monarchie et un peuple nouveau, il ne sera plus question des Goths, mais de la monarchie et du peuple espagnols; il n'y aura plus pour les soldats de Pelago qu'une foi, qu'un nom, qu'un idiome, qu'un même amour de l'indépendance, qu'une même haine de l'étranger. Tel sera, jusqu'à la fin du quinzième siècle, le seul lien commun entre les cinq ou six royaumes qui naîtront des débris de l'empire gothique, pour tendre pendant huit siècles vers cette unité qu'ils ne sont pas même bien sûrs d'avoir trouvée aujourd'hui.»

Le droit occupera une place importante dans cette nouvelle édition de l'Histoire d'Espagne. M. Rosseeuw-Saint-Hilaire a parfaitement compris que la science de la législation a jusqu'ici été trop séparée de l'histoire, et que toutes les deux n'ont qu'à gagner à être rapprochées. Après avoir achevé l'histoire des Goths, il étudie dans toutes ses parties le Forum judicum, ou le code gothique, code essentiellement théocratique, écrit par et pour le clergé, où l'on parle peu de l'Église, mais où tout, en fin de compte, aboutit à elle.

Sept appendices curieux sur la langue basque, la langue gothique, les actes du concile de Braga, le rituel gothique, les institutions des Ostrogoths, le roi Roderich, la langue espagnole, et un tableau des législations comparées, forment les pièces justificatives de ce premier volume, imprimé avec le soin particulier que la librairie Furne apporte à toutes ses publications, et publie au plus bas prix possible.

Œuvres choisies de Campanella, précédées d'une Notice; par madame Louise Colet. 1 vol. in-18.--Paris. 1844. Lavigne. 3 fr. 50.