--Que faut-il faire?» dit Keraudran.
Et je m'aperçus au son de sa voix de l'émotion qui le dominait.
«Priez, espérez... et ne parlez pas.»
Il parut ensuite se recueillir un moment; puis il leva la tête et regarda la lune qui commençait à traverser les vitraux.
«L'heure est venue! ajouta-t-il à voix basse; suivez-moi.»
Nous le suivîmes dans une chapelle latérale qu'inondait un rayon de lumière argentée. Là, une jeune fille d'une douzaine d'années était étendue, profondément endormie, dans une stalle garnie de velours rouge; ses cheveux blonds flottant sur ses épaules étaient couverts d'une légère guirlande de bluets; sa figure délicate et pâle, sa longue robe blanche, vivement éclairées par la lune au milieu de cette obscurité, sous les noirs arceaux de la chapelle, semblaient en faire une forme aérienne, transparente et légère. Je m'arrêtai à la considérer; il y avait un charme indicible dans cette poétique et frêle vision.
«Voici l'enfant, dit notre guide; le sommeil magnétique l'enchaîne, et son regard, quoique voilé, va percer le temps et l'espace. Je suis maître de lui, et je n'ai qu'à commander pour être obéi.»
En même temps il leva le bras... et comme du même mouvement, par une attraction irrésistible, le bras de l'enfant se souleva, et se dirigea vers le sien, restant immobile et tendu; il baissa sa main, et par la même action mécanique, le bras de la jeune fille se reposa sur l'accoudoir; il fit un signe, et la tête angélique de l'enfant, comme si elle eût suivi la voir l'indication muette du doigt fascinateur, se tourna lentement et regarda les vitraux.--C'était étrange.
«Avez-vous apporté le gage? dit l'inconnu à voix baisse à Keraudran.
--Le voici! répondit-il; et il lui remit une tresse de cheveux, don que sa fiancée lui avait remis avant son départ.