--Je ne dis rien, de peur de me tromper, répondis-je. C'est, en effet, assez singulier. Il a deviné juste, s'il n'a fait que deviner.»

Mais j'eus beau examiner le cachet, il était intact. D'ailleurs la lettre avait été évidemment écrite à peu près au moment même de la rencontre, et l'étranger ne pouvait en avoir en connaissance. Ce ne pouvait être qu'un de ces hasards fabuleux qui arrivent aux joueurs audacieux et aux équilibristes. Je ne pouvais donner d'autre explication. Mais Keraudran secoua la tête et haussa les épaules.

«Quand on veut tout expliquer, on n'explique rien.»

Je n'avais rien à répondre, et je le laissai. Je ne sais trop quand et comment il revit l'individu en question, mais il paraît qu'ils eurent plusieurs conversations en mon absence. Mon scepticisme choquait Nathaniel, et loin de moi il s'abandonnait bien plus facilement à son imagination rêveuse. Un soir, cependant, il me dit:

«Il faut que lu viennes avec moi.

--Où? répondis-je.

--Dans l'église des Cordeliers. J'y ai rendez-vous, et j'ai besoin que tu voies comme moi ce qui s'y passera.

--Ah! ah! répliquai-je, le sorcier est de la partie! Eh bien, partons je ne demande pas mieux.»

Nous nous rendîmes aux Cordeliers. La soirée était superbe. La chaleur du jour avait été, tempérée par une brise rafraîchissante, et le ciel scintillait d'étoiles. Lorsque nous entrâmes dans l'église, elle nous parut déserte; mais à peine avions-nous fait quelques pas dans la nef que nous aperçûmes le grand inconnu devant nous. Dans cette obscurité croissante, sa haute taille et sa figure majestueuse prenaient un caractère imposant qui commandait en quelque sorte le respect. On eût dit qu'on voyait jaillir de ses paupières le feu de ses regards. Il s'approcha de nous lentement.

«Je suis satisfait de vous voir, dit-il d'une voix grave; je suis disposé, et je tiendrai tout ce que je vous ai promis.--Et vous?