--Un moment! répliqua l'étranger avec une certaine autorité; et il serra fortement la main du jeune homme, tandis qu'il lui posait son autre main ouverte sur le cœur, en regardant fixement l'astre qui brillait au ciel.--La voici! continua t-il: «Les sympathies de deux âmes qui s'aiment franchissent la distance, de même que l'amour doit franchir le temps.» Souvenez-vous de ces paroles, et vous verrez que je ne me suis pas trompé. Vous êtes heureux, jeune homme, d'être aimé ainsi.»
En achevant ces mots, il s'éloigna. Keraudran resta immobile.
«C'est étrange! murmura-t-il.
--Il s'amuse à tes dépens,» lui dis-je. Mais il m'entendit à peine; évidemment son imagination était frappée.
Deux jours après, lorsque j'entrai dans sa chambre le matin, je le trouvai à demi vêtu, assis sur son lit, la tête dans sa main et profondément absorbé dans ses méditations, il tenait une lettre qu'il relisait par intervalles.
«Qu'y a-t il?» lui demandai-je. Il tressaillit.
«Te souviens-tu des paroles que m'a dites l'inconnu avant-hier soir?
--Ma foi... à peu près. Il était question de sympathies, de distance, d'amour, de temps; toutes choses assez banales et qui prêtent fort bien à l'improvisation.
--Tiens!» me dit-il, et il me tendit la lettre qu'il tenait à la main. Elle lui arrivait par la poste, et lui était écrite par Mathilde. Elle lui parlait de leurs conversations nocturnes, et je lus en effet cette phrase singulière: «Ce soir, lui disait-elle, en regardant à l'heure fixée la discrète et pâle intermédiaire de nos pensées, je n'ai pu m'empêcher de croire que les sympathies de deux âmes qui s'aiment franchissent la distance, de même que l'amour doit franchir le temps.»
«Eh bien! reprit Keraudran, voyant que je restais muet, qu'en dis-tu maintenant?