Et il fil un coup qu'il méditait depuis longtemps.
«La partie est gagnée,» dit Keraudran.
L'inconnu sourit, et lui jetant un regard expressif:
«Croyez-vous?» répondit-il.
En même temps il déplaça une pièce, et en trois coups son adversaire fut mat. Keraudran resta stupéfait. L'inconnu lui fit un geste amical et s'éloigna. Nous sortîmes du café presque aussitôt.
«Voici un homme extraordinaire! me dit Keraudran avec enthousiasme.
--C'est un homme qui joue bien aux échecs,» répondis-je froidement.
Nous continuâmes à nous promener en silence sur la place. L'heure du rendez-vous était arrivée, et la lune brillait de tout son éclat dans un ciel d'azur. Keraudran s'arrêta, la regarda un moment, et lui envoya le baiser d'usage. Au bruit qu'il entendit derrière lui, il se retourna brusquement et vit l'inconnu. Il fit un pas pour se retirer; mais celui-ci s'avança et le retint par le bras. Il y avait dans ce mouvement et dans l'expression de sa remarquable figure quelque chose d'imposant et de noble qui fascina Keraudran.
«Pourquoi n'attendez-vous pas la réponse? lui demanda-t-il.
--La réponse? repartit Keraudran avec surprise. Quelle réponse puis-je attendre?