--Peut-on voir dans l'avenir, comme dans le présent? répondit Keraudran.
--Sans doute! répliqua l'inconnu. Et reprenant son geste impérieux.
--Regarde! dit-il à l'enfant.
--Non, non, assez! répondit la jeune fille d'une voix suppliante en s'agitant avec effort; je souffre! grâce... je n'en puis plus...»
Et sa tête se renversant convulsivement allait frapper les stalles de chêne.
«Lève-toi, et regarde! continua l'inconnu. Comment la vois-tu dans trois jours?
--Elle rit, et tresse une guirlande de jasmin.
--Dans huit jours?
--Je la vois encore... oui... c'est elle... mais... elle est changée... elle est pâle... ah! je souffre... car... elle souffre aussi.. ah! j'étouffe... elle est bien pâle... ah!... ah!... ah! le cœur me fait mal!»
Et elle s'agitait péniblement. Son gracieux visage se contractait et s'agitait convulsivement; ses mains semblaient vouloir éloigner d'elle quelque chose qui eût pesé sur sa poitrine; sa voix devenait de plus en plus faible et sourde, entremêlée de soupirs et de gémissements étouffés. Il y avait, je l'avoue, dans ces paroles sinistres, dans cet enfant se débattant ainsi, comme sous la pression d'un démon invisible, quelque chose de saisissant qui remplissait l'âme d'une émotion involontaire et d'une sorte d'effroi.