«Ah! oui! continuait l'enfant... je la vois... ses joues sont creuses et ses yeux brillants.. ils me font mal... ah! ah!... au secours... au secours... je n'en puis plus... j'étouffe... qu'on m'ôte ce cadavre... je l'ai sur le cœur... ah! ah!»
L'inconnu se précipita, et enleva à l'enfant la fatale mèche de cheveux. Elle retomba immobile sur la stalle.
«Êtes-vous satisfait? dit-il à Keraudran d'une voix émue... Sortez!»
Keraudran restait devant lui en proie à une agitation fébrile, ne pouvant ni parler ni partir. Je l'entraînai hors de l'église, et le ramenai chez lui. Son émotion était si violente, que je craignais presque pour sa raison. Je n'essayai de le calmer que le lendemain matin; mais mes raisons eurent peu d'influence. Keraudran était fasciné, et moi-même j'avais peu de chose à lui dire. Je ne voyais pas le but de cette comédie, et il réfutait sans peine mes arguments, qui n'étaient au reste que des présomptions.
«Je ne puis rester ici, me dit-il; je n'aurai de repos qu'auprès de Mathilde. Je verrai alors s'ils m'ont trompé.»
Deux jours après nous étions au château de Lurcy; Mathilde, rayonnante et plus gaie que je ne l'avais vue depuis longtemps, accueillit avec tendresse son fiancé. Cette courte absence semblait avoir dissipé les nuages qui avaient obscurci un moment leur intimité.
«Tu es bien heureux! dis-je à Keraudran en revenant avec lui d'une promenade que nous avions faite dans le parterre.
--Attendons encore, répondit-il avec un soupir en me serrant la main; le délai fatal n'est pas expiré.
--Tu es fou!» répliquai-je.
En ce moment nous entrions au salon, dont les larges fenêtres s'ouvraient sur la terrasse, ornée de fleurs odoriférantes. Mathilde était appuyée sur le balcon; elle s'avança en riant au devant de nous.