«Tenez, beau chevalier! dit-elle avec gaieté, je vous ai tressé de mes mains une guirlande.»

Et elle tendit à Keraudran une guirlande de jasmin qu'elle achevait de nouer. Keraudran me tenait encore le bras. Je le sentis tressaillir et chanceler; et j'avoue que cette singulière coïncidence, que ce rapprochement inconcevable avec la vision de l'enfant me frappa au cœur.

«Eh bien! dit Mathilde en continuant de rire, est-ce ainsi le vous recevez mes présents, Nathaniel? me laisserez-vous encore longtemps le bras tendu?»

Nathaniel se précipita vers elle, prit la guirlande, et par et mouvement involontaire, tombant en même temps à ses pieds, couvrit ses mains de baisers éperdus.

«Mon Dieu! mon Dieu! dit-elle en essayant de se dégager, en voilà trop maintenant, Nathaniel!... Assez, assez!»

Et son émotion était visible, «Quoi! vous pleurez! mon Dieu! qu'avez-vous donc?»

Nathaniel balbutia quelques mots entrecoupés, sans suite, j'essayai moi-même d'intervenir pour terminer cette scène dont je redoutais l'issue. Keraudran sortit et me laissa seul avec Mathilde.

«C'est étrange! dit-elle après un moment de silence; comprenez-vous cela?

--Mais, sans doute! répondis-je avec, quelque embarras, Keraudran a été touché de votre attention... Il vous aime tant!

--Je le crois... je crois même en être sûre... mais... c'est égal, c'est trop; et je ne puis m'expliquer cela.»