Je n'essayai pas de l'aider dans cette recherche, car j'étais un peu troublé moi-même. Au reste, elle l'oublia bien vite, prenant l'émotion de Keraudran comme une nouvelle preuve de sa tendresse, elle fut d'autant plus gaie, d'autant plus affectueuse. Deux ou trois jours passèrent ainsi rapidement.

Le troisième jour après notre arrivée, nous étions réunis soir dans le parterre. Elle était silencieuse. Je m'en aperçut et je m'en plaignis.

«Ce n'est pas ma faute, me répondit-elle; j'ai un mal de tête affreux. Je crois même que j'ai un peu de fièvre.» Keraudran se rapprocha vivement de nous.

«Quoi! vous souffrez! dit-il d'une voix altérée.

--Ce n'est rien, reprit-elle en souriant, une migraine! nous avons trop ri ce matin.»

Elle se retira de bonne heure.--Le lendemain elle ne parut pas au déjeuner, et fit dire qu'elle était indisposée. Elle ne parut que fort tard, en peignoir. Je la trouvai réellement changée. Elle était pâle et silencieuse, et se plaignait de douleurs dans la poitrine.--Keraudran paraissait presque fou. J'avoue que je devenais inquiet.--Le lendemain, elle fut obligée de garder le lit. Je ne savais plus que penser, Keraudran avait disparu dès qu'il avait appris quelle avait passé une mauvaise nuit, et je ne savais ce qu'il était devenu.--C'était en effet le huitième jour.

Le neuvième jour, je vis entrer chez moi Keraudran méconnaissable. Je ne pus m'empêcher de tressaillir en apercevant ses traits décomposés, sa physionomie bouleversée, ses yeux hagards.

«L'as-tu vue aujourd'hui? me dit-il d'une voix étouffée.

--Non! répondis-je.

--Est-ce quelle ne va pas mieux?»