C'étaient donc des agaceries, des taquineries, des coquetteries sans fin. Jamais le père de Larcy n'avait assisté à de semblables remue-ménage.
«La paix, la paix, que diable! enfants! disait-il par intervalles; vous ne pouvez donc pas être deux minutes ensemble sans vous chamailler? Quelle langue, bon Dieu! parbleu, marquis, on voit bien que vous êtes Gascon!
--Gascon? repartis-je; merci! Il y a des Bretons et même des Bretonnes qui ne leur cèdent en rien.
--Ou s'en flatte! répliqua vivement Mathilde; mais on sait ce que vaut la Garonne... et nous sommes francs, au moins!
--J'en suis d'avis. Il n'y a que les Bretonnes pour tenir ce qu'elles promettent...
--Et les Bretons, donc! répondit Mathilde avec un sourire un peu forcé; nous en savons quelque chose. Je doute cependant que les Gascons valussent beaucoup mieux, et ce sont des répondants auxquels je me fierais peu.
--Je vous dirai comme la première fois: Essayez!
--Un défi!... nous verrons. Mais savez-vous bien que j'ai été sur le point de vous envoyer aussi la fameuse bouteille? J'aurais été curieuse de savoir ce que vous auriez fait, monsieur le Gascon.
--Ce que j'aurais fait? je vais vous le dire, parbleu! J'aurais jeté la fiole par les fenêtres et rossé le sorcier pour lui apprendre à rendre les gens malades... et dites que ce n'eut pas été une preuve frappante de ma tendresse!»
Mathilde se mit à lire aux éclats, et nous continuâmes sur ce ton de folle gaieté. Au reste, loin d'entraver notre intimité croissante, le vieux papa semblait au contraire la favoriser de tout son pouvoir. Je ne doute pas qu'il n'eût pensé que je pouvais remplacer avantageusement Keraudran, et il eût reçu avec, plaisir la proposition d'écarteler mon blason avec celui de sa fille; mais j'étais loin d'une semblable idée. Engagé ailleurs dans les liens d'une véritable tendresse, je ne pouvais dépasser avec Mathilde les limites de la simple et pure amitié, malgré les amusements de nos causeries et de nos agaceries réciproques.