Le Moniteur vient de publier le tableau du mouvement commercial de 1843 comparé à celui des années 1842 et 1841. Les importations ont suivi une marche constamment ascendante. Elles ont été:
En 1841, de 1,121 millions.
En 1842, de 1,142 id.
En 1843, de 1,187 id.
Ces chiffres embrassent les importations par terre et par mer. Sur un mouvement de 16,411 navires, les nôtres figurent au nombre de 6,106; les navires étrangers y entrent pour 10,305, c'est-à-dire pour près du double. On voit que la condition faite à notre marine par de déplorables traités de commerce ne s'améliore que bien difficilement. Sous le rapport du tonnage, les étrangers ont sur nous un avantage plus marqué encore. Ainsi, les 6,106 navires français n'ont transporté que 659,637 tonneaux, soit un peu plus de 1104 tonneaux par navire, tandis que charnu des 10,305 navires étrangers qui sont venus dans nos ports portait en moyenne plus de 133 tonneaux. Les exportations se sont un peu relevées en 1843, sans pourtant atteindre encore le niveau de 1841. Voici les chiffres:
1841, 1 milliard 65 millions.
1842, 940 id.
1833, 992 id.
Ici, la proportion est meilleure pour le pavillon national. Sur 11,585 navires qui se sont partagé les transports par mer, l'étranger ne compte que pour 6,260. Mais il n'en demeure pas moins vrai que, sur l,230,756 tonneaux de produits exportés en 1843, nous n'en transportons pas même la moitié (565,282).
Le 24 avril un combat a eu lieu près de Montevidéo. Dans cette affaire, Oribe a perdu 800 hommes et les Montevidéens ont en 200 des leurs tués ou blessés. Parmi les morts malheureusement se trouvent 40 braves de la légion française, qui sont tombés dans une embuscade et ont été impitoyablement massacrés. Le général commandait les Montevidéens dans cette affaire très-sérieuse, à laquelle une légion formée d'italiens a pris une glorieuse part. Mais un fait non moins digne d'attention, c'est le déchirement qui vient de s'opérer entre M. l'amiral Lainé et M. le consul Bichon, dont la conduite dans toute cette affaire a été si peu digne de la nation qu'il représentait. Après que la légion française, pour obtempérer aux injonctions de l'amiral, eut quitté notre cocarde et se fut placée sous les couleurs montevidéennes, M. l'amiral Lainé se déclara officiellement satisfait. Mais le lendemain 14, il transmit la demande faite par M. Pichon d'être réintégré dans ses fonctions; le gouvernement montevidéen s'y refusa, et de dépit M. Bichon s'est retiré avec sa famille à Buenos-Ayres, auprès de Rosas, d'où il s'amuse à lancer des pamphlets contre les Français, les Montevidéens et les amiraux qui se sont succédé à la Plata et desquels il avait toujours et vainement sollicité le bombardement de Montevidéo. C'était l'idée fixe de ce diplomate.
Il nous faudrait beaucoup plus de place qu'il ne nous en reste à remplir pour donner avec quelques détails les faits intérieurs ou extérieurs qui ont mérité d'occuper l'attention publique cette semaine. Mentionnons les donc rapidement, sans développement, sans préambule, sans transition.
M. Charles Laffitte a été réélu pour la quatrième fois au collège de Louviers. Il avait eu le bon esprit, cette fois, de retirer préalablement sa soumission. Le conseil lui en avait été donné beaucoup plus tôt, mais il avait écouté M. Liavières; aujourd'hui il a été mieux inspiré. Jamais sa position n'avait été meilleure, car il sera reçu député, et, si l'amendement de M. Crémieux est réintroduit dans la loi du chemin de Bordeaux, il sera débarrassé de la condition que Louviers y avait mise.
Cinq voyageurs dépendant de notre établissement du Sénégal ont remonté le fleuve de ce nom, remorqués par bateau à vapeur jusqu'à Bakel, capitale du royaume de Galam, situé sur le fleuve, à cent myriamètres de Saint-Louis. Ce trajet leur avait demandé dix-sept jours. Au-dessus de Bakel, une rivière qui vient du sud se jette dans le Sénégal; elle s'appelle Falémé. Sur la rive droite de la Falémé mais en la remontant, est le royaume de Bambouck; sur la rive gauche, le royaume de Bondou. Il ont visité l'un et l'autre. Le Bambouck est fameux par ses mines d'or, qu'ils étudièrent et où ils firent des expériences, qui étaient le principal but de leurs voyages. Les obstacles que nos courageux compatriotes ont eu à surmonter sont innombrables. Cette expédition aura d'utiles résultats. Le Bambouck compte soixante mille habitants. Le lavage de l'or, dont est semé ce pays, est l'objet d'un commerce actif de la part de ces peuplades et de leurs chefs. Indépendamment des avantages que réserve l'avenir il ne pouvait pas être indifférent de diriger vers nous le commerce du Bambouck, en présence surtout de la concurrence que nous font les Anglais dans ces contrées.
Parmi les nouvelles apportées par la dernière malle de l'Inde, il s'en trouvait une dont la gravité n'a pas été suffisamment appréciée. C'est l'état de rébellion ouverte dans lequel se sont placés plusieurs régiments natifs au service de compagnie des Indes. Les 1er, 34e, 64e et 69e régiments d'infanterie indigène et le 7e de cavalerie légère sont ceux qui ont le plus vivement manifesté cet esprit d'insubordination. Le 64e notamment, qui en a donné le premier exemple, est montré tout disposé à recommencer en arrivant à Sakkir sur l'Indus. La Gazette de Delhi nie le fait, il est vrai; mais d'autres journaux de l'Inde discutent la probabilité d'une seconde rébellion. Le Friend of India, journal dévoué au gouverneur général, lord Ellenborough, remarque qu'une seconde révolte à cause du Scinde ferait autant de tort au gouverneur actuel que le drame de Caboul en avait fait à lord Strickland. Mais il soutient qu'un second éclat pareil n'aura pas lieu, et la raison qu'il en donne est curieuse à noter: C'est, dit-il, parce que toute disposition à la révolte qui pourrait se manifester de nouveau sur les bords de l'Indus, sera calmée à l'amiable par des concessions qui dépasseront celles que la notifications du gouvernement avait fait connaître; si les troupes demandent l'argent de leurs rations, en vertu des promesses qui leur ont été faites à Ferozepote, elles l'obtiendront; en effet, le résultat d'une seconde révolte serait plus funeste à la stabilité de l'empire que ne serait grand le dommage causé au trésor par des allocations extraordinaires qui, pour une armée de 15,000 hommes, s'élèveront peu au delà de 7 lacs de roupies par an (un million 550,000 fr.).