Les acquéreurs de bois sont intéressés dans la communauté pour une partie de leur acquisition; le prix des lots est versé dans la caisse de la communauté, et forme son capital d'exploitation. Les lots de la communauté de l'Union se composent de deux titres distincts: l'un représentant 20 hectares de terre dont le propriétaire dispose à son gré; l'autre représentant 5 hectares dont l'exploitation est réservée à la compagnie, et en échange desquels elle donne une action de la communauté. Cette action donne droit au partage dans le tiers des bénéfices de toute nature réalisés dans les opérations industrielles, agricoles ou commerciales, et au partage en liquidation dans la moitié de tous les biens meubles et immeubles de la communauté.
La valeur des lots a monté aujourd'hui de 500 à 1,000 francs, et cette valeur grandit de jour en jour. Une décision récente du conseil général (3 mai 1844) a garanti un dividende annuel du 40 francs à chaque action de communauté, de sorte que l'acquéreur actuel d'un lot au taux du 1,000 fr. a la certitude de recevoir au moins le 4 pour cent de la somme déboursée, et il lui reste comme prime les 20 hectares de terre qu'il peut vendre, louer, exploiter ou faire exploiter.
On peut se faire une idée du développement inouï que l'esprit d'association a imprimé à la colonie belge, si je songe, que l'installation des soixante-neuf premiers colons date à peine d'une année, et que leur nombre s'élève aujourd'hui à huit cents. Les fondations d'une ville ont été jetées, des routes sont ouvertes, les terres se défrichent, les travaux du port s'exécutent, des fermes sont construites, et l'administration est assez forte pour maintenir l'ordre, faire respecter la loi, et même expulser de la colonie les perturbateurs et les membres inutiles. Le crédit de la communauté est fondé, et les traites qu'elle tire sur la compagnie en Europe sont prises par toutes les maisons de banque et de commerce.
L'administration approvisionne elle-même ses magasins, et elle fourni aux colons, au prix coûtant augmenté seulement de 5 pour cent, tous les objets nécessaires à leur consommation, en leur garantissant une part dans les bénéfices généraux et du travail pour toute l'année de telle sorte que dans ces pays, où toutes les provenances d'Europe sont à des prix excessifs, où les conditions de l'existence sont si pénibles, les colons du Santo-Thomas y peuvent vivre, en gagnant peu, mieux qu'ils ne vivraient à la Havane ou à la Nouvelle-Orléans, quand même ils y recevraient un triple salaire.
Nous avons cru devoir offrir à nos lecteurs une situation sommaire de la colonie belge, qui est sans contredit une des œuvres les plus importantes qu'ait produites de nos jours l'expansion du génie européen. Ce n'est pas ici le lieu d'examiner si les mesures adoptées par la compagnie belge sont ou ne sont pas susceptibles d'amélioration. Nous constatons seulement le progrès immense qu'elle a accompli, et nous appelons l'attention des hommes qui se préoccupent à bon droit des difficultés que soulève la question bien plus vaste de la colonisation de l'Algérie, sur les résultats obtenus à Guatemala par l'esprit d'association, par l'énergie que donne aux travailleurs l'assurance d'une part dans les bénéfices que leur travail procure.
Les Forçats.
(2e Article.--Voir t. III, p. 299.)
Les travaux sont suspendus ou terminés; les forçats rentrent dans leurs salles, soit pour y faire le repas, dont nous parlerons tout à l'heure, soit pour s'y reposer des fatigues du jour, à onze heures du matin, ou à quatre et cinq heures du soir. Avant qu'ils repassent le seuil de la porte du bagne, un garde-chiourme les fouille de la tête aux pieds. Durant la matinée ou la journée, ils ont tous eu, en effet, de fréquents rapports avec les ouvriers libres et les visiteurs du bagne; peut-être ont-ils obtenu de leur pitié un peu d'argent ou quelques douceurs prohibées; peut-être se sont-ils rendus coupables d'un vol au préjudice de l'administration pendant les travaux; leurs fers ne sont-ils pas limés? qui sait même si un parent, un ami, un complice, ne leur a pas remis des scies, des limes ou des objets d'habillement pour faciliter leur évasion et leur fuite? D'importantes saisies justifient tous les jours cette utile précaution. Chaque forçat passe à son tour à la visite. Il tient son bonnet à la main, parce qu'elle a lieu en présence d'un adjudant supérieur. A mesure qu'un garde-chiourme les fouille, un autre les compte, pour s'assurer que tous les hommes sortis et marqués sur la planche de sûreté rentrent au bagne.
Tous les matins, avant la sortie, on distribue à chaque homme, dans l'intérieur du bague, un morceau de pain noir. A onze heures, après leur rentée, a lieu le dîner. Outre le pain, la ration quotidienne d'un forçat se compose d'un litre de bouillon très-faible, de quatre onces de fèves et de quarante-huit centilitres de vin.