Aussi, dans tous les temps, depuis que les bagnes existent, le chef du service a trouvé dans la mise en chaîne brisée un des moyens les plus puissants pour maintenir la paix et le repos parmi le personnel de la chiourme et dans les travaux qui lui sont imposés.
La messe.
On accorde cette faveur insigne, qui se retire impitoyablement pour les moindres fautes, aux vieillards, aux infirmes, aux forçats employés comme infirmiers et servants dans les hôpitaux, et aux ouvriers recommandés par les ingénieurs.
Les autres récompenses accordées aux forçats, outre la chaîne brisée, sont leur place dans une salle d'épreuve, les fonctions de servants et d'infirmiers dans les hôpitaux, et des postes de confiance dans l'intérieur des bagnes.--On choisit parmi les forçats les infirmiers et servants pour les malades de toutes armes en traitement dans les hôpitaux de la marine. En général ces hommes sont actifs, soigneux, fidèles, subordonnés, parce qu'ils craignent d'être renvoyés au bagne, où ils seraient bien plus mal.--Les postes de confiance dans l'intérieur du bagne occupent un certain nombre de forçats comme écrivains de salles, balayeurs, donneurs de pain, sbires, barberots, etc. Ces divers employés, pris ordinairement parmi les anciens de la maison, ne vont point aux travaux du port, et sont par conséquent moins misérables que les autres.--Les forçats placés dans une salle d'épreuves ont un petit matelas pour la nuit, et de la viande deux fois par semaine.
La Bastonnade.
Enfin, le maximum des récompenses que puissent obtenir les forçats, le but de tous leurs voux, le remède le plus efficace contre leurs souffrances, c'est la perspective éloignée ou prochaine du terme de leur captivité, et cette perspective leur paraît se rapprocher à mesure qu'ils se mettent en position d'être portés sur le tableau des grâces, qui est soumis annuellement à la clémence du roi.
Tous les ans, une commission spéciale, composée de plusieurs officiers de la marine, attachés aux diverses directions du port, d'ingénieurs des constructions navales et des travaux maritimes, ainsi que des officiers supérieurs d'artillerie, du commissaire des hôpitaux et du chef du service des chiourmes, se réunit sous la présidence du commissaire général de la marine, et examine successivement tous les noms dont le chef du bagne a préparé la liste après avoir compulsé tous les dossiers des condamnes. Cet examen achevé, elle arrête le tableau des malheureux qu'elle croit devoir recommander à la miséricorde royale.
Bien que le nombre des graciés ou des commués soit peu considérable puisqu'il n'est réglementairement que le trentième du personnel de la chiourme, on ne peut imaginer, dit M. le directeur du bagne de Brest, les transports de joie, les ravissements, les cris de bonheur qui retentissent dans toutes les salles à la proclamation des noms de ceux qui ont obtenu une commutation de peine ou leur grâce entière.