A part un certain nombre d'individus inaccessibles au remords et à la pitié, il est un grand nombre de condamnés qui sont en droit d'obtenir leur liberté à des époques plus ou moins rapprochées.
Frustrés dans leur attente à diverses reprises, parce qu'ils ne peuvent pas bien juger de leur position comparativement avec celle des autres, ils se flattent d'être plus heureux l'année suivante. Souvent trompés, ils ne renoncent pas à revoir leur famille et leur pays, à mourir libres. En attendant, ils augmentent la grande masse des condamnes soumis, résignés, dignes de miséricorde et de pardon.
Il n'est pas dans le monde entier un établissement où la religion puisse porter ses espérances et ses consolations avec plus de fruit qu'au bagne. Des prêtres chrétiens sont toujours prêts, à prodiguer avec un admirable dévouement les secours de leur ministère aux forçats qui les réclament ou qui en ont besoin, à essuyer leurs larmes, à les exhorter à la patience et à la résignation, à leur promettre, au nom d'un Dieu tout-puissant et miséricordieux, le pardon entier des fautes qu'ils expient... Tous les dimanches, ils leur disent la messe et leur adressent des instructions religieuses. L'immense majorité des forçats assiste au service divin et écoute les sermons avec un pieux recueillement...
(La fin à un prochain numéro.)
Bulletin bibliographique.
De la loi du Contraste simultané des Couleurs, et de ses applications; par M. Chevreul, membre de l'institut, de le Société royale de Londres, etc.--Chez Langlois et Leclercq.
Le livre que nous allons essayer d'analyser est à la fois un livre de science et un livre d'application. Livre de science, en ce qu'il nous révèle les lois qui président aux modifications que les couleurs éprouvent dans leurs apparences par leur juxtaposition ou leur succession: livre d'application, en ce qu'il fait voir le parti qu'on peut tirer de ces influences réciproques dans la peinture, la fabrication des tapis, l'emploi des couleurs dans l'architecture, l'assortiment des étoffés pour les meubles, l'habillement et la coiffure des femmes, et la disposition des fleurs des parterres. Le sujet du livre étant ainsi suffisamment indiqué, traçons d'abord l'historique de son origine. Lorsque M. Chevreul fut appelé, par ses beaux travaux de chimie organique, à diriger les ateliers de teinture de la manufacture des Gobelins, on appela son attention sur les couleurs noires employées dans l'établissement. Les artistes qui peignent avec des fils colorés ces admirables tapisseries se plaignaient que le noir était trop pâle, et que leurs ombres manquaient de vigueur dans les draperies bleues et violettes. M. Chevreul se procura des laines teintes en noir, provenant des ateliers les plus renommes de la France et de l'étranger, et reconnut qu'elles n'avaient aucune supériorité sur celles des Gobelins, et que le défaut du vigueur reproché au noir tenait à sa juxtaposition avec d'autres couleurs. Physicien aussi bien que chimiste, M. Chevreul reconnut qu'il avait à étudier à la fois le contraste des couleurs juxtaposées, et les moyens chimiques de leur donner toute la vivacité et la fixité désirables. Le premier problème rentrait dans le domaine de l'optique, le second appartenait à la chimie.
Si l'on regarde à la fois deux zones peu étendues, inégalement foncées et d'une même couleur, ou deux zones également foncées de couleurs différentes, qui soient contiguës par un de leurs bords, ces couleurs paraîtront plus différentes qu'elles ne le sont réellement; c'est ce phénomène que M. Chevreul appelle le contraste simultané des couleurs. Ce contraste est de deux espèces: ou bien il porte sur l'intensité de la couleur, c'est le contraste de ton; ou bien sur la nuance, c'est le contraste de couleur.
L'expérience suivante est propre à faire voir le contraste de ton. Prenez deux morceaux de papier non satiné, A et a, de la grandeur d'une carte, colorés avec le même gris, et deux autres, B et b, de même grandeur, colorées en gris plus foncé; puis placez sur une feuille de papier blanc A et B de manière a ce que leurs bords se touchent, tandis que a et b sont éloignés l'un de l'autre et du groupe AB. En considérant attentivement ces quatre cartes, vous verrez que A vous paraîtra plus clair que a et B, plus fonce que b; ce qui tient uniquement au contraste des deux gris dont les tons sont différents. On réussira également avec toute autre couleur que le gris, et l'on verra que c'est le long de la ligne de contact des deux cartes juxtaposées que le contraste est le plus frappant; il va en s'affaiblissant à mesure qu'on s'éloigne de cette ligne.
Les contrastes de couleurs s'obtiennent en juxtaposant des papiers et des étoffes colorés: ainsi, le rouge juxtapose à l'orange, tire sur le violet; tandis que l'orange tire sur le jaune. Si l'on juxtapose du rouge et du bleu, le premier lire sur le jaune, le second sur le vert, etc.