Ceux des hussards lui paraissent pécher tous en ce que le rouge du pantalon ne s'harmonise pas par sa nuance avec la couleur du dolman. Celui de l'artillerie est irréprochable.
Je ne sais si beaucoup de lectrices auront eu la patience de me suivre dans cette analyse, mais celles qui auraient persévéré jusqu'à ce paragraphe, l'achèveront certainement: il s'agit du l'assortiment des couleurs pour leurs chapeaux, leurs robes et leurs bonnets. Oui, mesdames, une femme qui s'habille mal viole non-seulement les règles du goût, mais encore celles de la physique. Le goût exquis des Parisiennes est une divination instinctive des phénomènes du contraste; toutes font de la chromatologie (terrible mot!) sans le savoir. Avant que M. Chevreul vint dévoiler ces lois, elles les mettaient en pratique, et en étudiant la toilette d'une femme du monde, le savant professeur a pu souvent jouir de la continuation de ses principes. Pourquoi entrerai-je dans ces détails superflus? qu'apprendrai-je à ces savantes analystes qu'elles ne sachent mieux que moi? Si nous étions dans la saison des bals, je quitterais ma plume, j'irais dans un salon, et j'achèverais mon article en rentrant. Mais j'ai promis une analyse, je la ferai en tremblant, car je parle à des juges trop compétents pour n'être pas sévères.
La couleur des cheveux blonds étant le résultat d'un mélange de rouge, de jaune et de brun, il faut la considérer comme de l'orange très-pâle; les yeux bleus forment avec ces cheveux une harmonie de contraste, et la couleur de la peau une harmonie d'analogue; le bleu de ciel, complémentaire de l'orange, sied, comme chacun sait, très-bien aux blondes.
Chez les brunes, les harmonies du contraste remportent sur les harmonies d'analogue. La couleur des cheveux, des sourcils et des yeux contrastent avec la blancheur de la peau, et leurs lèvres, plus vermeilles que celles des blondes, font paraître les cheveux et les sourcils encore plus foncés. Le jaune et l'orange, en mêlant aux cheveux des teintes de violet et de bleuâtre, produisent le meilleur effet.
Les tissus en contact avec la carnation devront varier suivant que la peau est blanche ou rose. Dans le premier cas, on emploiera le vert tendre; dans le second, le rose séparé de la peau par une ruche de tulle. Quand la peau a une teinte orangée, le jaune lui prêtera une teinte rose en neutralisant le jaune, et c'est encore une raison pourquoi le jaune sied bien aux brunes. Le violet est une des couleurs les moins favorables à la peau; il donne du jaune verdâtre aux peaux blanches, augmente la teinte jaune des peaux orangées, et s'il y a du bleu dans la carnation, il le verdit. L'orange bleuit les peaux blanches, blanchit les peaux orangées et verdit celles qui ont une couleur jaunâtre. Le blanc élève le ton de toutes les couleurs, va bien aux peaux rosées, mal à toutes les autres; le tulle, la mousseline font plutôt l'effet du gris, parce qu'elles laissent passer la lumière outre leurs mailles. Le noir blanchit la peau qui lui est contiguë, mais par cela même, il fait paraître celles qui sont plus éloignées rouges ou jaunes, pour peu qu'elles aient quelques nuances de ces couleurs.
Quand on discute la couleur d'un chapeau, il faut non-seulement avoir égard aux couleurs juxtaposées, mais encore aux couleurs reflétées par le chapeau. Ainsi un chapeau rose reflète du rose sur la figure, ce rose engendre des teintes verdâtres; heureusement les couleurs reflétées ont moins d'influence que les femmes ne le croient généralement, car leur effet n'est guère sensible que sur les tempes, et fort inférieur à celui du contraste avec les cheveux ou les carnations auxquelles le chapeau est juxtaposé. M. Chevreul s'en est assuré par des expériences directes. Aux blondes conviennent des chapeaux noirs avec des plumes blanches ou de fleurs roses; bleus clairs avec des fleurs jaunes ou orangées; verts avec des fleurs roses. Les brunes préféreront un chapeau noir avec des accessoires blancs, roses, oranges ou jaunes; rose, rouge ou cerise, avec des fleurs blanches entourées de feuilles; jaune avec du violet ou du bleu.
Qu'ajouterai-je après avoir analysé cet important chapitre si propre à réhabiliter la physique dans l'esprit des dames, où elle se liait ordinairement avec des idées de tubes de cuivre, de ballons de verre, de fioles pleines de mercure ou de machines à vapeur toujours prêtes à éclater.
J'engagerai les horticulteurs à méditer les préceptes de M. Chevreul sur l'art d'assortir les fleurs des parterres, les massifs de verdure de même nuance ou de nuances variées. Les artistes liront avec fruit les considérations sur le jugement des divers objets dont la perception nous arrive par le sens de la vue, et le philosophe méditera le dernier chapitre, où l'auteur examine si les autres sens sont soumis au contraste, et où il jette en quelques pages une vive lumière sur quelques phénomènes de l'entendement qui ont de l'analogie avec ceux qui font le sujet de son ouvrage.
CH. M.
Les Heures, poésies par M. Louis de Ronchaud. 1 vol. in-8. --1844. Amyot.