Le lendemain, quand l'aube a ouvert sa paupière,

Il se retrouve assis sur la borne de pierre;

Il reprend son chemin, pieds nus, sur le pavé,

Et, pour soulagement, se dit... qu'il a rêvé.

Incendie de la Djeninah, à Alger.

On nous écrit d'Alger, 28 juin 1844;

Le mercredi 26 juin, à neuf heures du soir, deux coups de canon tirés de la rade jetèrent l'alarme dans la population de la ville d'Alger. Tous les habitants, Européens ou Maures, se précipitaient hors de leurs maisons et demandaient avec anxiété ce que signifiait cet effrayant signal. Les conjectures les plus étranges circulaient déjà parmi la foule; mais la vérité ne tarda pas à être connue. Un violent incendie venait d'éclater près de la place Royale. Le feu avait pris dans la baraque d'un juif marchand de beignets, et s'était communiqué rapidement aux autres constructions en bois situées entre la rue Bab-Azoun et la Djeninah. Quand les premiers secours arrivèrent sur le lieu du sinistre, les flammes avaient fait de tels progrès qu'on ne dut plus songer qu'à sauver les bâtiments voisins, qu'elles menaçaient d'envahir, la Djeninah et l'évêché. Mais tous les efforts furent inutiles; malgré le dévouement de la population civile, des troupes de toutes armes, malgré le généreux empressement des marins de la frégate sarde Beroldo, mouillée dans la rade, on ne parvint à se rendre maître du feu que le lendemain matin, et l'incendie avait dévoré l'aile droite de la Djeninah et une partie des objets de campement qui y étaient emmagasinés.

La perte est, dit-on, considérable.--Personne n'a péri; mais le nombre des blessés s'élève à trente. A Alger, comme partout ailleurs, des voleurs ont profilé du désordre pour piller. On a arrêté en flagrant délit une cinquantaine de ces misérables.--Les malheureuses victimes de ce sinistre ont ainsi perdu, pour la plupart, le peu d'objets précieux qu'elles avaient arrachés aux flammes. Dès le lendemain de l'incendie, la chambre du commerce ouvrit en leur faveur une souscription qui, dans la journée, se monta à 8,000 francs.

De mémoire d'homme Alger n'avait vu un incendie pareil à celui du 20 juin.