«Non, non! s'écria Mathilde. Mon père! avez-vous pensé que je pourrais vous quitter un moment?... Adieu Madeleine... Je ne vous en veux pas.»
Et elle tendit sa main à la fermière, qui se tenait appuyée contre le mur, les mains croisées sur sa poitrine. Madeleine prit sa main et la baisa en pleurant... puis les deux fugitifs se trouvèrent encore une fois seuls sur la route.
Toutefois, par un singulier contraste, cette dernière scène avait rendu au vieux baron toute son énergie. Ce coup, loin de l'abattre, l'avait relevé; et il s'achemina d'un pas beaucoup plus ferme vers la taverne du père Lartier, espèce d'auberge ouverte à tout venant, sur le bord de la route.
«Dans la foule, dit-il, on ne fera peut-être pas attention à nous, et nous pourrons faire marche pour une voiture.»
Il y avait, en effet, beaucoup de monde dans la salle; on y parlait très haut, et les deux fugitifs s'y glissèrent sans qu'on prît la peine de les regarder. Le baron demanda un pot de cidre et s'assit à une table isolée avec Mathilde. Au milieu de la salle, quatre ou cinq individus, armés de mauvais sabres et de pistolets rouillés, discouraient des événements de la journée, et se vantaient d'avoir pris part à la dévastation du château de Larcy.
«Par le sang Dieu! disait l'un, si j'avais attrapé le vieil aristocrate, je ne l'aurais pas laissé partir, moi, car je le connais bien.
--Sortons! dit Mathilde bas à son père.
--Où irions-nous? dit le baron. Que la volonté de Dieu soit faite!
--Tâchons de nous procurer au moins cette voiture sur-le-champ. Je vais parler à l'aubergiste. De la part d'une femme, la demande d'un chariot paraîtra toute naturelle.»
Mathilde se leva et alla trouver le père Lartier.