--Louer une voiture! répliqua Dominique, qui fit un mouvement au son de cette voix; et en même temps ses yeux s'arrêtaient sur les petites mains blanches et délicates que la jeune fille mettait devant sa figure pour se garantir de la flamme; et peut-être aussi pour se cacher; une voiture! répéta-t-il avec expression; ce n'est pas ainsi que voyage un paysan... pas plus que ces mains-là ne sont celles d'une paysanne! Qu'êtes-vous venus faire ici?
--Vous demander un asile, Dominique, répondit Mathilde on se découvrant, un asile seulement pour cette nuit!
--Mademoiselle Mathilde! s'écria la fermière en lui prenant les mains avec effusion.
--Grand Dieu! s'écria te fermier; vous ici! le baron de Larcy dans ma ferme!
--Oui... je suis poursuivi... et je vous demande de me secourir.
--Vous me demandez de me perdre! interrompit Dominique hors de lui; ne savez-vous pas que vous êtes hors la loi, et qu'il y a peine de mort pour tous ceux qui vous recèlent! Si l'on sait que vous avez mis le pied ici, moi, ma femme et mes enfants, nous sommes tous perdus! Sortez, sortez bien vite! Si vous restiez ici, je devrais vous dénoncer!
--Quoi! Dominique, répondit le baron avec calme, c'est ainsi que vous me recevez! Quel mal vous ai-je fait?
--A moi personnellement... aucun. On dit que vous avez appelé l'étranger et semé la guerre civile. C'est un crime... Moi, je ne m'en fais pas juge. Je vous dis seulement, sortez, allez ailleurs. Mais demandez à Bastien et à Gervais, demandez à Léonard ce que votre père, de triste mémoire, a fait aux leurs, et vous saurez pourquoi ils ont brisé la porte de votre château ce soir.
--Ainsi, reprit le baron d'une voix altérée, vous me refusez l'abri de votre toit pour une nuit. Et cette enfant, ajouta-t-il en montrant Mathilde, l'enveloppez-vous dans cette même haine, dans cette même vengeance?»
Le fermier parut hésiter