--Oui-da! répondit la jeune fille, avec un accent et dans un patois que l'étranger, penché sur le cou de son cheval piaffant dans la boue, semblait avoir peine à comprendre; le citoyen maire est venu au château pour arrêter les aristocrates, le baron et sa fille. Dame, ceux-ci se sont sauvés, et le château a été pillé: mais le vieux traître n'a pas été loin, car on dit qu'il a été arrêté et pendu à vingt pas du château.
--C'est bon! Adieu, citoyenne, cria le cavalier; et il partit au grand trot.
--Marchons vite! dit la jeune fille à voix basse en prenant le bras du vieillard; ceux-là sont trompés, tâchons de gagner la ferme avant d'un rencontrer d'autres.»
Ils sortirent enfin du bourbier et hâtèrent le pas. Le chemin devenait plus praticable, et bientôt ils atteignirent la ferme des Essarts. Ils pénétrèrent dans une arrière-cour déserte, et la jeune fille frappa à une petite porte que la fermière vint ouvrir d'un air étonné.
«Que demandez-vous? dit-elle.
--Un abri et une place au feu. Nous sommes égarés.
--Entrez,» répondit la fermière avec quelque hésitation; et elle les introduisit dans la salle où Dominique le fermier se chauffait au feu de l'âtre. Les deux voyageurs s'approchèrent de la haute cheminée afin de sécher leurs habits trempés de vase et de pluie.
Le fermier les examina quelque temps avec défiance.
«Où allez-vous donc comme cela, citoyens? dit il, enfin.
--Nous allons à Rennes, dit le vieillard, et nous voudrions trouver une voiture pour nous y conduire. En connaissez-vous quelqu'une par ici que nous puissions louer?