--Un pot de cidre et deux verres sur cette table, dit l'officier. Parbleu! père Robineau! ajouta-t-il en frappant rudement sur l'épaule du baron, ne me reconnaissez-vous pas? Il y a une heure que je vous cherche.»

Le baron leva la tête, stupéfait... et poussa un cri étouffé: c'était Nathaniel de Keraudran.

«Ah! ah! dit Nathaniel en posant sa main sur la sienne et en la serrant fortement, il paraît que vous ne vous attendiez pas à me voir. Mais nous allons boire un coup avant de partir... Où est votre fille?

--Elle est en marché pour louer un chariot, répondit le baron d'une voix altérée par l'émotion.

--C'est inutile maintenant, répliqua Keraudran avec le même sang-froid. J'ai ma voiture, et vous monterez derrière, père Robineau. Ah ça, que fait donc votre fille?...

--Elle est dans la remise à voir la voiture, dit Lartier, qui apportait le cidre.

--Je vais la chercher, reprit Keraudran. Buvez un coup en m'attendant, père Robineau, c'est moi qui paie.»

Et il sortit vivement, se dirigeant vers la remise indiquée. En approchant, il entendit des voix animées, des plainte» étouffées...

«Après tout, disait Rousseau, pour une petite aristocrate, tu fais bien la mijaurée!... Aimes-tu mieux que nous te fassions couper la tête? Choisis vite. Parbleu! tu n'en mourras pas de cette fois...»

Ces hideuses paroles eurent à peine frappé les oreilles de Keraudran, qu'il s'élança vers la porte pour l'ouvrir... Elle était barricadée... Sans perdre un temps précieux pour chercher à l'enfoncer, il courut à l'étroite ouverture qui servait de fenêtre, la franchit rapidement et sauta dans la remise.