Cette soudaine apparition déconcerta les bandits. Ils reculèrent de surprise, et, dans leur trouble, Mathilde, éperdue, palpitante, put s'échapper des mains de Rousseau, qui déjà l'avait saisie, et courut se blottir derrière son défenseur.

«Ah! tas de bandits! lâches coquins! cria Keraudran en agitant son sabre avec fureur, vous vous mettez cinq contre une femme! Attendez, sang Dieu! et je vous en ferai passer l'envie!»

Mais les mauvais drôles étaient revenus de leur première surprise; et, à la clarté de l'unique chandelle qui fumait sur le sol, piquée dans une bobèche-brûle-tout de fer, ils virent aussitôt que Keraudran était seul.

«Parbleu! il n'est pas mauvais, le militaire! s'écria Rousseau avec un éclat de rire ironique. C'est-à-dire qu'il la voudrait à lui tout seul, le godelureau. Mais, patience! aux derniers les restes.

--Oh! je vous en conjure! s'écria Mathilde en se précipitant vers lui, qui que vous soyez, défendez-moi!

--Voyons! répéta Rousseau, accepte, ou file.»

Et il tira le sabre; tous les autres Limitèrent.

«Ah! vous vous mettez toujours cinq contre un, lâches que vous êtes!... Eh bien!... tiens!»

Et, du premier revers, il abattit Rousseau à ses pieds. Les autres poussèrent un cri de fureur et fondirent tous ensemble sur lui. Une mêlée terrible s'ensuivit. Keraudran, acculé dans l'angle de la remise, et couvrant Mathilde de son épée et de son corps, se défendait comme un lion contre les quatre assaillants. Par un coup heureux, il en mit un second hors de combat. Mais la partie était encore trop inégale. Déjà blessé, il allait infailliblement succomber.

«A moi, à moi, Jacob! criait-il en se battant en désespéré, à moi!