Il y eut un second silence. Le maire reprit après quelques instants, d'une voix altérée: «Je n'accepterai pas encore cette réponse pour votre dernier mot. Vous réfléchirez, monsieur de Keraudran, je l'espère. Je vous en conjure, ne sacrifiez pas votre vie par un dévouement inutile à ceux mêmes que vous voudriez sauver. Votre vie est précieuse, capitaine. La république n'a pas trop de défenseurs comme vous, d'officiers éclairés, instruits, qui puissent guider ses enfants qui n'ont encore que le courage sans étude et sans expérience. Je crois servir mon pays en même temps que mon amitié en insistant auprès de vous comme je le fais, capitaine... Soyez seul au château dans une heure d'ici... Je vous en conjure une dernière fois!
--Je vous remercie, monsieur le maire... et je vous dis adieu! répondit Keraudran d'une voix émue. Je compte vous revoir dans une heure... et vous saurez alors que je sais me conserver pour la république. Au revoir.»
Et il le reconduisit à la porte en lui serrant la main. Mathilde, anéantie de terreur, tomba sur un siège en se cachant le visage entre les mains. Presque aussitôt, Keraudran ouvrit la porte du cabinet. Il était excessivement pâle, mais calme.
«Je viens vous rendre la liberté, dit-il en souriant. La réclusion n'a pas été longue.
--Non, répondit le baron; cependant, je commençais à m'inquiéter.
--Capitaine! dit Jacob, qui parut à la porte; il est sorti!
--Bien!... Écoute, Jacob!»
Et il alla avec lui dans l'antichambre. «Nous avons six chevaux dans l'écurie?
--Oui, capitaine.
--Bon! Fais-les seller tous les six. L'andalous portera une selle de femme.