--Ah! Nathaniel! dit Mathilde en courant à lui; que voulez-vous faire!

--Vous conduire hors du château... mais je ne vous laisserai pas seuls. Vite, vite, baron, le temps presse... Je cours rejoindre mes gens et je vous attends dans la cour... Mathilde, votre cheval est sellé.»

Il descendit, donna ses ordres, vérifia si les armes étaient en bon état:

«Enfants! dit-il à ses trois soldats; ces pékins de municipaux doivent venir dans une heure nous empoigner pour nous couper le cou le lendemain. J'ai trouvé que c'était bon pour des moutons, d'endurer sans regimber cette petite cérémonie, et mon avis est de passer préalablement notre sabre dans le ventre de quelques-uns de ces gredins-là pour leur apprendre à vivre.

--Bravo, capitaine! crièrent les trois hommes; comptez sur nous!

--Ainsi, attention au commandement... et marche!» Quelques minutes après, la petite troupe, ayant Mathilde à cheval au milieu d'elle, sortit du château et prit un sentier couvert pour gagner la grande route.

«Où allons-nous? demanda Mathilde.

--A Paris! dit Keraudran, le voyage est long, mais nous ne pouvons aller ailleurs...

Halte! interrompit une voix; vous n'irez pas à Paris, citoyen Keraudran!» Et le maire, revêtu de son écharpe parût au milieu du sentier. «Je vous arrête!

--Halte!» repartit Keraudran; et il vit, au même moment, un peloton d'une cinquantaine d'hommes qui se développa et coupa la route en avant et en arriéré. «Ah! ah! murmura-t-il tout bas, cela se complique.--Eh! pourquoi nous arrêtez-vous dans notre promenade militaire, monsieur le maire? Nous sommes tous de loyaux serviteurs de la république, engagés volontaires sous ses drapeaux. Nous, prenez-vous pour des chouans, par hasard?»