Le maire alors se mit à lire l'acte qui mettait hors la lui le baron de Larcy et sa fille, et somma les cavaliers, au nom de la loi, de se rendre. Pendant ce temps Keraudran dit bas et rapidement à Jacob:

«Mon garçon... guide à gauche, et au commandement de Charge! va me sabrer ce grand benêt au pantalon rayé... fais-toi suivre par Vincent et Robert.--Écoutez, papa Larcy, ferme sur les étriers... et suivez-moi, chargez comme vous avez fait à Fonteney; je réponds du reste.» En même temps il prit la bride du cheval de Mathilde: «Fermez les yeux, Mathilde, dit-il, et tenez-vous aussi bien que possible.»

Le maire répétait sa sommation

«Il suffit, monsieur le main-, dit Keraudran à haute voix; mais un capitaine ne donne pas son épée; quand on la veut... on vient la prendre. Tenez!... et il la tira du fourreau.--Enfants! l'arme hors du fourreau!» ajouta-t-il. Tous l'imitèrent, et Keraudran lit le geste de tendre son sabre au maire, qui s'avança avec confiance pour le prendre. En même temps les soldats de la commune, partageant cette sécurité, reposèrent leurs armes, «Charge à fond!» cria Keraudran d'une voix de tonnerre; et repoussant le maire de côté sans le blesser, il lança son cheval sur le peloton en face de lui.

Surpris par cette attaque imprévue, inexpérimentés d'ailleurs dans le maniement des armes, les soldats de la commune n'eurent pas le temps de croiser la baïonnette, ils furent sabrés et enfoncés. Les six cavaliers leur passèrent sur le corps et continuèrent leur course au galop dans le sentier, au milieu des coups de fusil que les miliciens, revenus de leur première stupeur, tiraient sur eux en les poursuivant en desordre.

«C'est notre bataille de Fornoue, baron! s'écria Keraudran en riant; notre victoire nous permet de fuir...»

Il terminait à peine cette phrase qu'une balle vint frapper l'andalous que montait Mathilde. L'animal, blessé à mort, se cabra et s'abattit.--Keraudran poussa un cri terrible et, arrêtant brusquement son cheval, reçut Mathilde entre ses bras et l'empêcha d'être entraînée par la chute de sa monture. Elle resta debout.

«Vite! vite! lui dit-il en la soulevant; mettez votre pied sur le mien et sautez sur mon cheval.»

Mathilde, tout étourdie de sa chute, hésitait, presque sans comprendre. Les cris des soldats lancés à leur poursuite redoublaient, et les halles sifflaient autour d'eux. Ses compagnons, emportés par la rapidité de leur fuite, étaient déjà loin.

«Vite! ou nous sommes atteints! répéta Keraudran avec terreur. Par un effort désespéré, il enleva Mathilde et la plaça devant lui sur son cheval, puis il reprit sa course. Mais son cheval, fatigué par cette double charge, trébucha sur ce chemin difficile et s'abattit.