La Loge de Viarmes.
Grâce à la complaisance de M. Kugelmann, nous pouvons aujourd'hui montrer à nos abonnés quelques-uns des dessins qui ornent cet intéressant volume. Faisons avec eux deux petites excursions sur les deux rives de la Seine; allons à Montmorency nous promener à une ou à cheval, boire du champagne et visiter l'Ermitage, cette charmante maison de campagne que la marquise d'Epinay fit construire discrètement pour J.-J. Rousseau pendant un de ses voyages à Genève.--Que si, aux promenades à âne ou à cheval, nous préférons les plaisirs enivrants du bal, courons à Sceaux, où l'on danse sur les ruines de ce beau château construit par Colbert, et dont il ne reste plus qu'un pavillon: là aussi nous retrouverons des souvenirs littéraires. Ce château gothique avec tourelles mâchicoulis, fossés et ponts-levis, qui attire dans la Vallée-aux-Loups l'attention de tous les promeneurs, M. de Chateaubriand l'a fait bâtir à son retour de la Palestine, il y écrivit les Martyrs. Il appartient aujourd'hui à M. Sosthène de La Rochefoucauld...
Cependant quelles sont ces tourelles élégantes qui s'élèvent au bas de la treizième page de ce numéro? C'est la loge de Viarmes, autrement dit le château de la reine Blanche. Lecteurs curieux qui désirez visiter cette royale demeure, allez au milieu de la forêt de Chantilly, au bord des étangs de Courcelles; mais n'oubliez pas de prendre pour guide et pour cicerone l'ouvrage que publie M. Kugelmann. Quant à moi, je ne pourrais pas aujourd'hui vous suivre si loin: mes moments sont comptés, je n'ai plus que le temps de porter cet article à l'imprimeur, qui l'attend.
Bulletin bibliographique.
Théâtre complet des Latins, traduit par MM. Alphonse François, Alfred Marin, Desforges, Savalète, avec texte, notices, etc. (Collection des auteurs latins, publiée par M. Nisard.) 1 beau volume in-8°. Prix, 12 fr. Dubochet et comp, rue Richelieu, 60.
Soit par la satiété des choses nouvelles, soit par un retour vers le goût du simple en matière d'art, soit par caprice ou engouement, toujours est-il que le théâtre ancien est redevenu à la mode. Nous avons vu le vieux Sophocle aider victorieusement l'Odéon à braver les ardeurs de l'été; et Aristophane se prépare, dit-on, à faire l'ouverture de la campagne d'hiver. Après Antigone, les Nuées. Le roi de Prusse, qui, le premier, a favorisé par son exemple cette renaissance de l'art grec, vient d'étendre sur les muses latines le même bienfait. Les Captifs, de Plaute, ont été représentés à la cour, non point traduits, mais en latin, ayant des étudiants de l'Université pour acteurs, et pour intermèdes, des odes d'Horace, mises en musique par Meyerbeer, l'auteur de Robert et du Croisé.
Le Théâtre complet des Latins, que nous annonçons, ne pouvait donc paraître dans un moment plus propice. Hâtons-nous d'ajouter que cette publication n'avait pas besoin du secours des circonstances pour réussir. C'est un bel et bon livre, déjà accueilli par le public avec une faveur toute légitime, et au moment où nous nous disposions à en prédire le succès, nous sommes heureux de n'avoir plus qu'à le constater.
Ce volume renferme, ainsi que son titre l'indique, tout le théâtre latin, non que les éditeurs aient cru devoir joindre à Plaute, à Térence et à Sénèque, les fragments informes qui nous restent des auteurs dramatiques antérieurs à Plaute. Sous ce rapport, nous approuvons pleinement leur réserve. Nous pensons, comme eux, que des fragments mutilés et sans liaison ne peuvent offrir pour le public aucun intérêt, et que le texte, fort controversé, d'ailleurs, par les commentateurs et les philologues, ne présente aucune de ces beautés qui dédommagent du défaut de suite et d'ensemble.
Toutes les traductions de ce volume sont nouvelles. Plaute est traduit par M. Alphonse François, à l'exception de quatre comédies, l'Amphitryon, l'Asinaire, les Captifs, le Cable. On doit à la plume d'Andrieux, le spirituel auteur des Étourdis, les élégantes versions de ces quatre pièces. M. François, du reste, a revu ce travail avec un soin scrupuleux, et lui a fait subir d'excellentes retouches. La traduction de Térence est de M. Alfred Magin, recteur de l'Académie de Nancy. Celle de Sénèque est de M. Desforges, professeur de rhétorique au collège Louis-le-Grand, moins deux tragédies, Thyeste et l'Hercule furieux, qui ont été traduites par M. Th. Savalète, traducteur de la Métamorphose d'Apulée, et à qui la collection de M. Nisard doit aussi une version savante et fidèle de la moitié des Lettres de Cicéron.