L. H.

L'Italie des Gens du Monde. Venise, ou Coup d'œil littéraire, artistique, historique, politique et pittoresque sur les monuments et les curiosités de cette cité; par Jules Lecomte. 1 vol. in-8° de 650 pages.--Paris, 1844. Hippolyte Souverain. 8 fr.

Ce volume est le premier d'une collection qui aura pour litre: l'Italie des Gens du Monde. Après Venise la noire, M. Jules Lecomte nous promet d'abord Florence la verte, puis Rome l'empourprée et Naples l'azurée, offrant ainsi les quatre couleurs qui écartellent de sable, de synople, de gueules, et d'azur, le grand blason de la noble Italie.

«Par le nombre des pages et la variété des matières indiquées à chaque sommaire, ce livre, c'est l'auteur qui parle, est de beaucoup l'œuvre la plus importante que jusqu'à ce jour on ait composée sur Venise pour les étrangers.» Que cette bonne opinion qu'il a de lui-même ne surprenne personne, car M. Jutes Lecomte croit pouvoir dire «qu'il serait impossible d'apporter dans une œuvre analogue plus de zèle, plus de désir d'être utile à la ville et au visiteur; plus de conscience, enfin, dans le choix et l'emploi des matériaux, en même temps que plus d'abnégation dans les sacrifices de temps et les dépenses.»

Nous ne protestons pas, quant à nous, contre une semblable déclaration. Si M. Jules Lecomte a un défaut, c'est d'être trop complet. Sans doute un itinéraire ne doit pas se borner à enregistrer des dates, on à calculer des mesures, mais l'auteur de la Venise que nous annonçons essaie trop souvent de guider, comme il le dit lui-même, l'esprit de ses lecteurs. Qu'il nous montre le passé à travers le présent, rien de mieux; mais à quoi bon nous apprendre, par exemple, que «la lune, lustre de la place Saint-Marc, semblable à une douce lumière enveloppée dans un volumineux globe d'albâtre, plane sur la voûte bleue pailletée d'étoiles?» M. Jules Lecomte nous rappelle, sur le recto de la première page, que ce volume est le vingt-huitième de ses œuvres complètes. Il eut peut-être bien fait de l'oublier, car le plus positif de tous les ouvrages, un itinéraire, ne doit pas être écrit du même style que des romans maritimes ou des romans de mœurs. Il a eu le tort «d'envelopper de son mieux, avec les friandises de ses phrases, l'aridité de ses lignes pédantesques.» Ce reproche général écarté et quelques erreurs de détail corrigées. L'Italie des Gens du Monde, ou Venise la noire, ne mérite réellement que des éloges. M. Jules Lecomte peut affirmer, sans crainte d'être démenti, «que les custodes des monuments et des bibliothèques se seront enivrés d'autre chose que des sublimes beautés des œuvres qu'ils gardent, s'ils ont pris à la lettre les nombreux pourboires qui marquent, dans leurs souvenirs, la durée de son séjour dans la cité adriatique.» Il a tout vu, tout étudié par lui-même. Son livre est donc aussi nouveau que peut l'être un ouvrage de ce genre; car un écrivain n'invente pas les faits accomplis, les traditions, l'histoire; pas plus que le peintre n'invente les arbres, les images, la nature qu'il copie.

M Jules Lecomte a donc tenté «de faire un livre qui fût bon à quelque chose de plus qu'à être consulté dans d'arides expositions métriques ou numériques, ou pour des adresses ou des dates; tout en prenant de ces choses ce qui était nécessaire comme base, il a essayé d'écrire une œuvre qu'on pût lire chez soi avant de voir, au retour après avoir vu, sur les lieux et dans le trajet des gondoliers, quelque chose qui, au besoin, pût donner une idée de Venise à ceux qui ne la connaissent pas, et la pût rappeler aux personnes qui l'ont vue.»

L'étranger à Venise, coup d'œil général sur l'histoire de Venise, la place Saint-Marc, l'église Saint-Marc, la Piazzetta, les doges, le conseil des dix et le patriarcat, l'intérieur du palais ducal, les gondoles et les gondoliers, le grand canal, l'Académie des beaux-arts, l'arsenal, les églises, les îles, les journaux, la société et la biographie vénitiennes, les théâtres, les imprimeries, tels sont les titres des dix-sept chapitres dont se compose ce premier volume de l'Italie des Gens du Monde. Chaque chapitre forme deux parties distinctes, le texte et la note. «En face du monument à visiter, de la chose à examiner, M. J. Lecomte dit ce qui lui semble indispensable pour en faire apprécier l'intérêt ou la valeur, suivant qu'il s'agit d'histoire ou d'art. Puis un renvoi alphabétique désigne la note placée à la fin du chapitre courant, laquelle note complète ce qui ne pouvait entrer dans le texte, lequel doit marcher comme le visiteur.--Le texte a des jambes,--la note s'assied,--C'est là qu'on trouvera le souvenir historique qui double l'intérêt qu'inspire la chose à laquelle il s'attache; là est l'anecdote, l'observation critique qui veut des développements, la notice biographique, la révélation curieuse, la tradition poétique, etc. Mais le texte courant en dit au besoin assez sur la chose visitée pour que le lecteur puisse se dispenser de lire sur les lieux les notes complémentaires.»

Depuis la publication de ce volume, une importante amélioration a eu lieu à Venise: la place Saint-Marc est éclairée au gaz. Le soixante-treizième numéro de l'Illustration sera donc le complément nécessaire du premier volume de l'Italie des Gens du Monde, tant que la première édition de ce volume n'aura pas été épuisée. Mais les espérances de l'auteur se réaliseront promptement. Malgré les friandises du son style, le succès de son livre est assuré.

Considérations sur les Marines à voile et à vapeur de France et d'Angleterre; par un lieutenant de vaisseau. Une brochure in-8º de 50 pages.--Paris, 1844. Amyot.

La France et l'Angleterre, comparées sous le rapport des industries agricole, manufacturière et commerciale; Catineau-la-Roche, cultivateur. 1 vol. in-8º.--Fontainebleau, 1844. Jacquin.