Les Considérations sur les Marines à voile et à vapeur de France et d'Angleterre que vient de publier un lieutenant de vaisseau, sont encore une réponse à la Note du prince de Joinville. Au moment où les graves questions que soulève la Note vont être décidées, l'auteur anonyme de cette brochure a tenté, sans répondre à toutes ses assertions, de prouver «combien il serait dangereux pour la France de se laisser entraîner dans l'imprudente voie des reformes et des innovations maritimes, combien serait pernicieuse une précipitation encouragée par un désir irréfléchi d'améliorations utiles peut-être, mais dont le temps n'est pas encore venu. Pour y arriver, il a dû établir préalablement une comparaison entre les deux marines rivales de France et d'Angleterre. Il lui en a coûté de mettre au jour quelques parties de cette comparaison, mais il a voulu tout dire.
«Je me suis attaché, dit-il, à dégager ce travail de tout esprit de parti; j'ai évité d'y laisser paraître aucune préoccupation politique, aucune prédilection de métier; j'en ai écarté autant que possible les chiffres, les citations. J'ai vu la question de haut, et si, accessoirement, je veux l'accroissement bien entendu de la marine, avant tout je veux la prospérité de l'État, le bien-être de la nation, la bonne disposition des finances; partant, l'intérêt de la chose publique. C'est ce dernier but surtout que je n'ai point perdu de vue: je sais ce que valent les millions. Je ne suis point, toutefois, de ceux qui veulent une mari ne puissante et un budget restreint. Pour avoir une marine, il faut de l'argent, et, ce qu'il importe, c'est de l'employer le plus efficacement possible.»
Ce n'est pas la France et l'Angleterre maritimes, mais la France et l'Angleterre industrielles, agricoles et manufacturières que compare M. Catineau-la-Roche. Montrer à la France, par la comparaison de son industrie avec celle de l'Angleterre, ce qu'elle doit faire pour égaler sa richesse et pour éviter l'écueil contre lequel cette rivale ira inévitablement un jour se briser, tel est le but de M. Catineau-la-Roche. Il a donc divisé son ouvrage ainsi qu'il suit:
Il examine d'abord quelles sont les marchandises que la France peut offrir aux consommateurs étrangers, et il expose l'état des produits de notre sol et de nos manufactures, celui de nos besoins et de notre superflu. Après avoir comparé ensuite l'agriculture, l'industrie et le commerce de la France et de l'Angleterre, il émet quelques idées sur l'amélioration de notre agriculture; il énumère diverses circonstances particulières qui, pour le moment, s'opposent à l'établissement d'un grand commerce entre la France et l'étranger; il développe les raisons qui, selon lui, doivent nous faire préférer le commerce intérieur et le commerce colonial au commerce avec l'étranger; enfin, il repond à quelques objections faites assez généralement contre le commerce colonial.
Dans l'opinion de M Catineau-la-Roche, la France peut, si elle le veut, opérer chez elle en quelques années cette régénération radicale qui a coûté un siècle à l'Angleterre; car elle a pour elle un modèle, un guide certain que l'Angleterre n'avait pas.
Études sur les réformateurs et socialistes modernes: Saint-Simon, Charles Fourier, Robert Owen; par Louis Reybaud. Tome 1er, quatrième édition, précédée du rapport de M. Jouy, membre de l'Académie française, et de celui de M. Villemain, secrétaire perpétuel, 1 vol. in 8°.--Paris, 1844. Guillaumin.
Le succès de ce livre va toujours croissant. Chaque année, une édition nouvelle le consolide en l'étendant; le public ratifie le jugement de l'Académie française, qui a décerné, en 1844, aux Études sur les réformateurs et socialistes modernes, le grand prix Montyon.
La nouvelle édition que met en vente M. Guillaumin (la quatrième) ne diffère de la troisième que par un avant-propos de l'auteur. M Louis Reybaud a cru devoir constater une transformation qui s'est faite depuis quatre années dans les idées et les tentatives des utopistes contemporains. Dans son opinion, leur œuvre en est à une seconde phase; les continuateurs s'en sont emparés et procèdent peu à peu à un travail d'épurement et d'atténuation. Deux symptômes surtout attestent ce travail sourd et cette contagion inaperçue. D'une part, les déclamations contre l'ordre social actuel deviennent chaque jour plus vives; d'autre part, on s'efforce de rendre la liberté suspecte, on veut la faire envisager comme la cause directe des misères industrielles et commerciales, on tend les mains vers les chaînes que nos pères ont brisées, on abjure le pouvoir de replacer l'activité individuelle sous le joug, on le pousse vers l'usurpation et la dictature.
M. Louis Reybaud se propose de traiter dans un livre spécial intitulé les Lois du Travail, le sujet de la liberté économique; mais, en attendant la prochaine publication de cet ouvrage, il a cru devoir protester contre les tendances fâcheuses qu'il signale. Rien de ce qu'il voit, rien de ce qu'il entend n'est de nature à faire fléchir sa conviction. Il a foi dans les vertus de la liberté; il la croit moins funeste qu'on ne la dépeint, et plus féconde qu'on ne le pense; il voit en elle un principe excellent; quelques déviations ne la lui feront pas condamner à la légère. Il n'est pas de titre qui honore plus l'homme et lui crée plus de devoirs. Si on les méconnaît aujourd'hui, avec le temps ils reprendront leur empire. La liberté ne nous donnera, il est vrai, ni un âge d'or ni un régime entièrement affranchi de souffrances; mais il est permis aussi de douter que cette ère de bonheur se trouve au bout d'une dictature économique ou de spéculations imaginaires.