C'est le cheval de l'Écriture qui, lorsqu'il entend la trompette, frappe fièrement du pied la terre, et s'écrie: «Va!» Il est au milieu de la mêlée, s'animant au carnage, et s'enivrant de sang et de bruit. Le troisième bas-relief, arrangé d'après Pluvinet, par M. Justin, a pour sujet une chasse du temps de Louis XIII. Là, tout est coquet, la pose et les allures: c'est le coursier civilisé, se redressant avec grâce sous les dentelles et le riche habillement de son cavalier. Pauvre cheval! dans quelle position contre nature le montre le quatrième bas-relief, dû à M. Schœnnevert! Tu cours, mais ce n'est plus en liberté, sur ton dos est une selle; et sur cette selle un affreux jockey. Ce n'est plus un cheval, c'est un lévrier. Combien il est changé depuis que l'homme La pris à l'état sauvage pour te faire servir à ses besoins d'abord, puis à ses plaisirs, et enfin à sa fortune! Tous ces bas-reliefs sont traités avec une grande supériorité, et font honneur au dessinateur et à celui qui a été fouillant l'argent de son burin infatigable et donnant la vie à ces divers épisodes de l'existence chevaline. La frise est composée de têtes d'animaux et d'attributs de chasse, et forme un cadre magnifique à cette admirable œuvre d'art.

Après l'orfèvrerie d'art, voici l'orfèvrerie usuelle. MM. Boisseaux-Detot et compagnie ont exposé une soupière Louis XV, de la vaisselle plate et des couverts en packfong, métal blanc et ductile dont la base est le nickel, et qui a la sonorité de l'argent. Ils ont appliqué à ce métal l'argenture par le procédé Ruolz, et ont fourni des couverts qui peuvent lutter d'apparence et de durée avec l'argenterie. Le vieux plaqué, sans valeur jusqu'à présent, soumis au véhicule électrique, a reparu comme pièce d'orfèvrerie grâce à cet ingénieux procédé qui commence à se répandre dans les petites fortunes, et même, si nous en croyons certaines indiscrétions, qui a remplacé, chez certains grands seigneurs, l'argenterie massive et chère de leurs ancêtres.

Nous avons déjà parlé de machines-outils exposées par M. Calla fils. Cet habile mécanicien ne s'est pas borné à cette partie principale de son industrie; il a abordé la fonderie d'art, et d'une manière tout à fait supérieure. Les lecteurs de l'Illustration en auront bientôt la preuve dans les dessins que nous leur donnerons lors de l'inauguration de l'église de Saint-Vincent-de-Paul. Aujourd'hui nous nous bornerons à signaler la statue de saint Louis, qui figurait au milieu de la grande salle des machines, le baptistère et les portes de Saint-Vincent-de-Paul.

M. Baudrit a exposé une armature en fer dans un nouveau système imaginé par un des plus savants architectes de Paris. Cette armature a pour but de supprimer les colonnes en fonte dans les devantures de boutique et dans les magasins. On sait combien le négociant parisien tient à avoir un bel étalage et à présenter au passant la tentation de devenir acheteur par le bon effet de marchandises arrangées avec goût, d'heureuses oppositions de couleurs, de rapprochements séduisants. Eh bien! un des grands obstacles qu'il a à vaincre, c'est la ligne disgracieusement verticale des colonnes en fonte qui soutiennent le poitrail et tous les étages supérieurs au magasin. C'est donc, un véritable service rendu au commerce et, nous ajouterons, à la sécurité publique, que l'introduction dans les constructions d'une pièce qui supprime du même coup et les colonnes et le poitrail. En cas d'incendie, la poutre calcinée entraîne par sa chute la destruction de l'édifice entier, tandis que l'armature en fer résiste et retient tout ce qui est au-dessus d'elle. M. Baudrit a appliqué aux constructions deux systèmes, l'un qu'il nomme renversement de la poussée, l'autre suppression de la poussée. C'est le premier dont nous offrons le trait aux lecteurs. L'armature se compose de deux tirants AD, CB, et d'un seul arc CD, allant de l'extrémité d'un tirant à l'extrémité de l'autre, les deux points A, B, étant seuls fixés à l'aide d'anses en fer. Tout le poids porté par l'arc CD, et tendant à le faire fléchir, aura pour résultat de solliciter le rapprochement des deux points A, B; mais ce rapprochement ne pourra jamais avoir lieu, car il faudrait ou que la plate-bande placée au-dessus de l'arc fût broyée, ou que la charge entière fût soulevée. Dans l'application, on évite la position diagonale de l'arc par l'ajustement indiqué dans la figure. Ces armatures ont subi des épreuves de puissance tout à fait concluantes. Une, entre autres, qui n'avait pas été sollicitée par le possesseur du brevet, en a démontré la force et la solidité. Une poutre de 30 centimètres de côté et de 5 mètres 50 cent. de longueur, est tombée, par mégarde, du quatrième étage sur une ferme placée au rez-de-chaussée! Cette ferme la renvoya par son élasticité, et la poutre alla percer un plancher nouvellement construit par le malencontreux charpentier. Nous ne doutons pas qu'avant peu d'années la plupart des boutiques de Paris seront munies de cette précieuse armature.

Nous avons examiné avec intérêt une machine à faire la brique, de l'invention de M. Parise, et dont nous donnons aujourd'hui le dessin. C'est une roue marchant par un mécanisme quelconque, et qui porte sur toute sa circonférence des augets. Ces augets reçoivent la terre qu'un ouvrier verse par une espèce de trémie ou d'entonnoir, puis se referment et compriment la terre, dont ils expriment ainsi l'eau, en donnant à la brique la forme qu'elle doit avoir. Ceci se passe pendant le temps que met la roue à faire une demi-révolution; alors l'auget, arrivé au bas, s'ouvre et dépose la brique sur une toile sans lin, qui la porte à l'ouvrier chargé de la ranger. Nous n'avons pu savoir combien la machine fournit de briques par jour; mais sa simplicité et la facilité des manœuvres qu'elle exige nous font penser qu'on doit en obtenir d'excellents résultats.

Le travail des mines est un des plus pénibles que l'homme puisse supporter. Être tout le jour dans une nuit profonde, au milieu des infiltrations d'eau, sous l'appréhension des coups de feu, de la chute d'un bloc, d'une inondation; ne pas savoir, en descendant à 500 mètres sous terre, si l'on reverra la lumière du soleil, et la verdure, et les arbres, si l'on embrassera encore sa femme et ses enfants; et tout cela, pour un misérable salaire qui suffit à peine pour soutenir une vie de privations et de sacrifices. Mais si le sort d'un mineur est triste quand il est en bonne santé, il devient épouvantable quand un de ces accidents si fréquents dans les mines fond sur lui, sans qu'aucune puissance humaine puisse ni le prévoir ni l'empêcher; alors, au fond de ces sentiers sinueux, au bout de ces galeries où un homme peut à peine se tenir debout et qui n'ont que la largeur nécessaire au passage d'un chariot, voyez le blessé, une jambe ou un bras cassé, obligé de se traîner péniblement, de faire souvent une demi-lieue dans ces conduits souterrains pour arriver, brisé anéanti, aux abords du puits, c'est-à-dire à 300, 400 ou 500 mètres du sol; voyez-le dans cette ascension pénible, replié sur lui-même dans la benne qui l'enlève, suspendu entre le ciel et la terre, et ayant à peine assez de force pour maudire son sort! Eh bien! cette dernière torture, la plus grande de toutes, celle qui souvent convertit en maladie mortelle une blessure peu importante, le docteur Valat vient de la faire disparaître au moyen d'un lit de sauvetage, de son invention, dont nous donnons le dessin. Cet appareil consiste en une caisse pentagonale légèrement infléchie dans le sens de sa longueur; son couvercle est mobile; elle contient un matelas traversé par une petite sellette et des sangles placées de manière à soutenir le blessé lorsque la caisse doit remonter au jour et prendre une position presque verticale. La caisse porte, de plus, des anses et une espèce de plate-forme où se place le mineur qui doit présider à la remonte. Le déploiement de quatre bras à charnières change la caisse en brancard. Cet appareil a été expérimenté déjà dans quelques houillères, et d'une manière à ne laisser aucun doute sur son efficacité.

Nouveau système de ferme pour l'architecture, exposé par M. Baudrit.

Il est encore une autre espèce de sauvetage après lequel courent les inventeurs. Il s'agit de trouver le moyen de rendre une voiture inversable. La première idée qui se présente est de la construire de façon à ce que la caisse ait un mouvement tout à fait indépendant du train et conserve sa position et sa stabilité, quel que soit le mouvement de la voiture. Pour cela, quoi de plus simple que de maintenir la caisse sur deux axes placés au centre et à ses deux extrémités, lesquels sont supportés par des montants qui soutiennent l'impériale!