Machine à satiner le papier, par M. Callaud Belisle.

Telle est l'idée qu'a mise à exécution M. Callier, de Gien, qui a exposé une voiture-parachute est ingénieuse; nous ne doutons même pas, sans vouloir cependant en faire l'épreuve par nous-mêmes, que les voyageurs ne sortent de là sains et saufs, même dans le cas où la voiture, tombant dans un précipice, ferait huit ou dix tours sur elle-même; mais l'application nous a paru laisser beaucoup à désirer: la forme de la voiture est disgracieuse, son poids nous a semblé énorme, et c'est probablement l'impression qu'elle a produite sur un de nos spirituels dessinateurs qui dans le dernier numéro, l'a représentée résistant vertueusement aux instances et aux efforts de pas mal de chevaux. Mais, nous le répétons, le principe est bon; le tout est de l'appliquer d'une manière usuelle.

Nous avons omis de parler, à l'article machines, d'un moulin (de l'invention de M. Callaud) destiné à broyer les graines oléagineuses, et que nous avions remarqué parce qu'il nous a semblé résoudre heureusement les difficultés que présente ce genre de trituration. Les cannelures mordantes des meules ou noix des moulins ordinairement employées s'obstruent constamment, soit par des particules onctueuses, soit même par l'huile siccative qui y adhère. Le moulin de M. Callaud se nettoie constamment de lui-même, et maintient l'appareil de mouture dans son action mordante; les cylindres sont en fer trempé, et le reste du mécanisme est combiné de manière à ce que la main-d'œuvre est la moindre possible.

Il y a dans la nature, autour de nous, partout en un mot, des forces considérables cachées, inconnues ou inactives, soit parce qu'on ne sait pas les emmagasiner, soit parce qu'on ignore leur mode d'action. Déjà on se sert de l'eau et de l'air, forces naturelles par excellence et qui agissent directement et sans transformation. La vapeur, force dont l'emploi est si répandu aujourd'hui, est venue ensuite apporter son tribut à l'industrie humaine. Mais il est une force qui se trouve à profusion dans toute la nature, une force qui affecte toutes choses, dont on sait, dont on connaît l'existence, mais qui n'a été jusqu'à présent que l'objet d'expériences de cabinet, sans que personne soit parvenu à la rendre usuelle et pratique, à l'emmagasiner, à lui faire produire en grand un effet utile. M. Froment, ancien élève de l'École Polytechnique, vient de tourner avec succès ses investigations de ce côté, et quoiqu'il n'ait exposé qu'un moteur électrique d'une petite échelle, les résultats qu'il en a obtenus sont assez remarquables et appréciables pour nous faire espérer que le moteur nouveau rendra de grands services à l'industrie. Qu'on nous permette de faire comprendre en peu de mots à nos lecteurs cet ingénieux mécanisme. Lorsqu'un courant électrique traversant un fil mécanique passe près d'un morceau de fer, il y fait naître deux pôles magnétiques, l'un austral, l'autre boréal, semblables à ceux des aimants. Si le fil, au lieu de passer près du morceau de fer, l'entoure un grand nombre de fois dans le même sens, l'effet se trouve multiplié dans une proportion considérable, pourvu que les spires du fil soient isolées les unes des autres, ce qu'on obtient en se servant d'un fil de cuivre couvert de soie. M. Froment s'est servi d'une bobine bb (fig. 1) sur laquelle il a roulé un fil assez long pour faire plusieurs centaines de tours; au centre est un morceau de fer cylindrique F. Le courant électrique y fait naître deux pôles A et B; mais si le sens du courant vient à changer, les pôles changent aussi. Maintenant supposons deux aimants, dont l'un AD (fig. 2) soit solidement fixé sur un support, et l'autre A'B' fasse partie d'une roue dont l'axe est C, et puisse dans son mouvement de rotation passer très-près du fer fixe AB, quand le courant agira simultanément et de manière à faire naître dans l'un un pôle austral qui soit tourné vers le pôle boréal de l'autre, ils s'attireront avec force et la roue mobile tournera; mais elle s'arrêterait après quelques oscillations, si le sens des courants étant subitement changé ne faisait naître un pôle boréal là où était le pôle austral, et par suite une répulsion au lieu d'une attraction. Ce changement de courant s'obtient an moyen d'un anneau métallique fendu à sa circonférence autant de fois que le courant doit changer de sens dans une révolution de la machine. La fig. 3 représente un certain nombre de fers semblables à ceux que nous venons de décrire. De plus, pour utiliser le magnétisme accumulé dans les pôles qui ne sont pas en regard, un second système tout à fait semblable a été superposé au premier, et l'on a réuni les pôles de ces deux étages par des armatures de fer doux. La machine (fig. 4) a pour base un châssis en fonte de fer de forme hexagonale, aux angles duquel s'élèvent six pilastres qui supportent un autre châssis, et c'est dans cette espèce de cage que se trouve le mécanisme. L'auteur n'a pas pu encore mesurer d'une manière précise quelle force elle donne pour une dépense déterminée, mais avec une pile de 10 éléments d'un décimètre carré il a mis en mouvement un tour ordinaire. Nous ne doutons pas que la puissance d'une machine ainsi organisée ne puisse devenir considérable, et nous engageons vivement M. Froment à persévérer dans cette voie nouvelle et féconde.

Nous donnons à nos lecteurs les dessins d'un chromagraphe et d'un calcographe Que les dames ne s'effraient pas trop de ces noms d'instruments qui sont destinés à leurs doigts délicats. Le chromagraphe leur servira à composer des dessins pour la broderie, la tapisserie, au moyen d'une application ingénieuse du kaléidoscope. Quant au calcographe, on reconnaît que c'est une espèce de manière de calquer se rapprochant du procédé Rouillet, qui, comme nos lecteurs le savent, est un véritable calque de la nature.

Les billards en fer et fonte de M. Sauraux nous ont paru résoudre avec avantage la problème de la justesse et de la durée. Le corps du billard est en fonte de fer, et la table en pierre: maintenu par des boulons sur les quatre pieds, il peut être posé dans un aplomb parfait. Nous regrettons donc pouvoir donner à nos lecteurs le dessin du billard que M. Sauraux a exposé, et qu'ils auront probablement remarqué pour la grâce de l'encadrement et la richesse des détails.

M. Poortman a exposé des animaux apprêtés d'après un nouveau système qui conserve à l'animal toute sa souplesse et sa grâce. Nous avons surtout admiré une levrette où est apparente la saillie des muscles et des nerfs.

Les fabricants de papiers ont présenté cette année une exposition assez complète. Nous citerons surtout les papeteries d'Essonne et de Sainte-Marie. La fabrication d'Essonne, qui occupe trois machines à fabriquer le papier continu et deux cent cinquante ouvriers, s'élève à 700,000 kilogrammes de papier par an. Une grande partie des beaux livres illustrés qui ont été publiés à Paris sont imprimés sur ses papiers. Celui sur lequel nous écrivons cet article et celui sur lequel vous nous lisez sortent également de cette papeterie. Essonne a exposé une collection complète de papiers de couleur où nous avons remarqué surtout les doubles-couronnes pelure sans colle, blanches et de couleurs destinées à la confection des fleur» artificielles. La grande difficulté de fabriquer un papier aussi mince et d'arriver à des nuances aussi vives, nous avait jusqu'à ce jour rendus tributaires des Anglais. La papeterie d'Essonne les livre aujourd'hui de même qualité et à un prix moins élevé que les pelures anglaises. Elle a exposé aussi des papiers Vergés faits à la mécanique et qui ont la solidité des anciens papiers à la forme.

La papeterie de Marais ou de Sainte-Marie s'est depuis longtemps acquis un nom qu'elle soutient dignement cette année.

M. Callaud-Belisle, d'Angoulême, ne s'est pas contenté d'exposer des papiers: il a produit aussi une machine à éplucher et satiner le papier.