On sait que l'épluchage et le satinage du papier se font à la main et feuille par feuille. M. Callaud-Belisle a essayé de faire faire ce travail à la machine même que nous offrons au lecteur: A est un dévidoir chargé de papier; B sont des cylindres en cuivre destinés à faire tendre le papier et à le guider; C cylindres cannelés en fer, faisant l,200 tours par minute, qui épluchent et satinent; D rouleau servant à lustrer et faisant également 1,200 tours par minute; E cylindres qui abattent le grain du papier; F dévidoir qui reçoit le papier satiné; G engrenages et poulies donnant le mouvement; II soufflet à double vent soufflant sur la feuille du papier et chassant les impuretés. Nous avons consulté des fabricants de papier sur la bonté de cet appareil, et tous, tout en reconnaissant l'avantage qu'il y aurait à faire faire en peu de temps par une machine ce qui demande beaucoup de temps à un grand nombre d'ouvriers, nous ont répondu que le papier ne résisterait pas à un épluchage si vigoureux, qu'il y avait inconvénient à soumettre toute la bande de papier, où souvent il n'y a qu'un grain à enlever, à l'action des cylindres, et que d'ailleurs le papier devait s'user ou même se déchirer. Quant à nous, nous avons fait connaître le mécanisme et les inconvénients qu'on lui reproche; c'est aux fabricants à discuter et à expérimenter.
La lithographie vient de s'enrichir d'une nouvelle découverte. Depuis longtemps on cherchait à faire du lavis sur pierre, et l'on n'était jamais arrivé à pouvoir tirer de nombreuses et bonnes épreuves. Le procédé Formentin vient de résoudre ce problème, et donne des épreuves aussi bonnes et en aussi grand nombre que la lithographie ordinaire. Les lavis sur pierre exposés par mademoiselle Formentin ont généralement attiré l'attention des artistes, ainsi que ses impressions lithographiques ordinaires et celles à deux teintes et en couleur.
Les fondeurs en caractères d'imprimerie sont en petit nombre à l'exposition; mais leurs produits, qui échappent à l'appréciation des visiteurs ordinaires, ont été appréciés par les connaisseurs, et surtout par les imprimeurs. Nous citerons avec éloges MM. Biesta et Laboulaye. Les recherches de ce dernier l'ont amené à l'emploi d'un nouvel alliage renfermant de l'étain et du cuivre et permettant de fabriquer des caractères d'une bien plus grande résistance que ceux fondus avec l'ancien alliage de plomb et d'antimoine.
Quant aux imprimeurs, qu'on nous permette de citer avec les éloges qu'ils méritent MM. Lacrampe et comp., qui ont exposé une magnifique collection de tirages de gravures sur bois qu'ils exécutent avec tant de succès, comme ont pu en juger nos lecteurs; le tirage de l'Illustration, un des plus beaux résultat» obtenus au moyen de la presse mécanique.
Parmi les éditeurs, citons M. Augustin Mathias, auquel les sciences et l'industrie doivent tant d'utiles publications, et les livres illustrés de MM. Dubochet et comp. Il nous est interdit de nous étendre sur ces publications. Celui qui signe cette feuille attend avec confiance le jugement du jury sur sa belle exposition au milieu de laquelle figure l'Illustration, un des recueils les plus complets et l'un des plus beaux succès de la librairie moderne.
Et maintenant, chers lecteurs, permettez-nous de sortir avec vous de ces vastes salles, ou nous avons trouvé tant de produits remarquables, et de nous arrêter un instant dans la cour intérieure de gauche. Là, vous voyez des ponts, des voitures, des grillages faits mécaniquement, des machines à sécher le drap, des tentes militaires, des pompes, voire même les moutons de M. Graux. Nous ne voulons rien décrire; mais là, sur le seuil de cette exposition, sur le point de nous quitter pour cinq ans, nous vous demanderons grâce pour l'imperfection de notre compte rendu, en considération de notre bonne volonté et du soin consciencieux que nous avons apporté à vous signaler ce qui nous a paru bon, utile et remarquable.
Tir fédéral de 1844.
Bâle, 12 juillet 1844.
Mon cher directeur,
Que m'apprenez-vous? Des six dessins que je vous avais envoyés, trois se sont égarés en route; vous les retrouverez, je l'espère, et vos abonnés ne perdront rien pour attendre. Puisse ma lettre avoir une meilleure chance (1)!