Les plus récentes nouvelles de Lisbonne annoncent que le duc de Pamella va être chargé de la composition d'un nouveau cabinet. Deux faits sont certains: le gouvernement continue contre la presse ses poursuites acharnées; les finances sont dans un tel état que le mot banqueroute est tout haut prononcé.
Au Brésil, à la date du 9 juin, les Chambres avaient été dissoutes et le ministère complété par la nomination de M Holanda Cavalcanti aux fonctions de ministre de la marine, et de M. Ramiro aux fonctions de ministre de la justice. Le ministère a adopté cette mesure parce qu'il se trouvait en minorité. Les Chambres se réuniront de nouveau en 1845.
L'ordre se consolide peu en Grèce. Les élections, si elles ne laissent pas le ministère en minorité, ne lui donneront qu'une majorité incapable de le faire vivre longtemps. Le chef du cabinet, Maurocordato, a échoué dans sa candidature à Missolonghi, qui l'avait précédemment élu à l'unanimité. Il a dû se faire élire par l'Université d'Athènes, qui a le droit de nommer un représentant. Pour un premier ministre, c'est entrer à la Chambre par la petite porte. La question est maintenant de savoir si l'on pourra amener un rapprochement entre Maurocordato et Coletti. M. Piscatery y travaille, pendant qu'une belle fugitive de la société parisienne, madame la duchesse de Plaisance, dépense, disent les correspondances, beaucoup d'argent pour faire nommer des membres de l'opposition.
A Prague, les démonstrations hostiles des ouvriers contre les machines nouvelles avaient continué. Cette population était même sortie, et, suivant le cours de la Neiss, avait fait une tournée de fabrique en fabrique, respectant tous les mécanismes montés sur l'ancien système et brisant les nouvelles machines. Mais à Reichenberg, la garde bourgeoise, appelée au secours de la propriété industrielle, a soutenu contre les ouvriers une lutte de nature à les déterminer à la retraite De retour, aux approches de Prague, cette troupe, grossie des ouvriers du chemin de fer, a trouvé toutes les portes fermées et gardées par les troupes. Quelques pierres lancées ont été le prélude de l'attaque, qui bientôt est devenue assez vive pour que l'officier qui commandait la troupe se crut obligé de faire feu. Plusieurs des ouvriers ont été blessés plus ou moins grièvement. Par un hasard des plus déplorables, une balle ayant pénétré par la fenêtre d'une maison, est allée tuer un enfant de quatre ans, dont le père, marchand à Prague, se trouvait à table Un cocher a été également atteint d'un coup de feu sur son siège. Il est mort le lendemain. Le peuple, exaspéré, prit alors l'offensive, et le détachement, attaqué à la fois de deux côtés, a été contraint de se retirer, pour se mettre à l'abri des coups de pierre qui pleuvaient sur lui. Pendant ce temps, d'autres détachements emmenaient prisonniers ou dispersaient les principaux meneurs. Alors les révoltés, comme de coutume, ont tourné leur fureur sur les Israélites. Plusieurs personnes ont été maltraitées en pleine rue, et des dégâts considérables ont été commis sous les yeux même de la police, impuissante à les réprimer. Ce n'est que plus avant dans la soirée que des mesures énergiques, qui ont été sanglantes, ont fait reprendre le dessus à l'autorité. La Gazette d'Augsbourg annonce que l'on agira avec la dernière rigueur contre les auteurs de ces troubles. Que l'autorité n'oublie pas toutefois la part que la misère et l'ignorance ont à ces excitations, et que, si elle n'a pas fait tout ce qui dépendait d'elle pour éclairer ces populations d'adoucir leur situation, elle a sa large part de responsabilité dans ces événements!
Un nouvel accident a encore eu lieu hier sur le chemin de fer de Versailles (rive gauche). Le Messager a publié, à ce sujet, les détails qui suivent;
«Dimanche soir, à huit heures et demie, un accident a eu lieu au chemin de fer de Versailles, rive gauche. A huit heures, le convoi ordinaire de Versailles avait quitté la gare du Maine; il se composait de onze wagons; à huit heures dix-sept minutes, un convoi supplémentaire, traîné par deux locomotives partait à vide de Paris, pour aller à Versailles ramener la grande affluence de personnes que le beau temps y avait attirée.
«Le premier convoi venait de quitter la station de Viroflay, marchant avec modération, lorsque le second convoi apparut à une assez grande distance, allant avec une extrême célérité. Le cantonnier de la station de Viroflay, apercevant ce convoi, a fait aussitôt les signaux nécessaires pour l'arrêter dans sa marche.
«Soit qu'ils n'aient pas été aperçus du mécanicien, soit par quelque cause inconnue, le convoi a continué, se maintenant à grande vitesse.
«Arrive à peu de distance du premier convoi, le mécanicien, ouvrant enfin les yeux sur sa situation, s'est précipité hors de la locomotive. L'abordage a eu lieu peu d'instants après avec une extrême violence. Il en est résulté la destruction de deux wagons, la culbute d'un troisième et de fortes avaries à un quatrième.
«Fort heureusement, aucun voyageur n'était dans ces wagons; un seul voyageur a été blessé dans le premier convoi; il a eu la jambe cassée. Dans le second convoi, le mécanicien, qui a sauté, a été grièvement blessé, ainsi que trois employés de la compagnie.