Mais, je le répète, le véritable roi du tir fédérai de Bâle a été l'Appenzellois Bænzinger, qui avait fait 330 cartons.

A sept heures du soir, après la clôture du tir, tandis que les canons grondaient, une troupe de tireurs, précédés d'une musique éclatante, s'approcha de la cantine; ils portaient sur leurs épaules Bænzinger. Mille vivat l'accueillirent comme le roi du tir de 1844. On le porta ainsi en triomphe de café en café, toujours accompagné par les acclamations de la multitude. Jamais vainqueur aux jeux olympiques ne fut accueilli avec plus d'enthousiasme par ses concitoyens, jaloux de l'honneur national.

Un compatriote de Bænzinger, Koller, homme riche et très-considéré dans son canton, s'est rendu coupable d'un acte inouï dans les annales des tirs fédéraux. Un jour que lord Vernon l'emportait sur son rival, il a consenti à ce qu'un marqueur lui attribuât des cartons qu'il n'avait pas faits. La fraude fut découverte et Koller cité devant un jury composé de douze carabiniers. Il ne nia point le fait qui lui était imputé, et déclara qu'ayant manqué à l'honneur, il était résolu de s'expatrier. Cet incident a produit une vive et profonde sensation. Le jury a prononcé un arrêt en vertu duquel les tirs fédéraux seront désormais interdits à l'infortuné qui n'a pas craint de se déshonorer pour défendre contre un étranger l'honneur de son pays.

Tout est fini maintenant. Bâle a repris sa tristesse accoutumée; on démolit les constructions provisoires de la Schutzenmatte, et les carabiniers fédéraux regagnent leurs cantons respectifs en se racontant leurs exploits passés et en rêvant aux triomphes qu'ils espèrent remporter dans deux ans au tir fédéral de Zurich.

Maroc.

GARDE IMPÉRIALE.--ABID-SIDI-EL-BOKHARI.--SOLDE.--ARMEMENT.--OPÉRATIONS MILITAIRES DU MARÉCHAL BUGEAUD--QUESTION DE LA DÉLIMITATION DES FRONTIÈRES.--TANGER.

Les troupes composant le corps des 36,000 hommes de la garde impériale marocaine (V. l'Illustration, t. III, p. 342.) ont reçu le nom de abid-sidi-el-Bokhari (serviteurs du seigneur Bokhari). Ce titre leur vient d'un marabout très vénéré, auteur d'un traité intitulé shahi (le sincère), recueil de traditions (hadis) du prophète. Ils ont adopté pour patron Bokhari, et ils portent son livre dans toutes leurs expéditions.

Depuis la dispersion des Oudayas, le noyau de l'armée de l'empereur Abd-el-Rahman se forme aujourd'hui des contingents des tribus suivantes, appelées pour cette raison tribus de la garde impériale; tribus de Tanger et du Rif; des Cheragah, occupant les montagnes que côtoie le Sbou; d'Oulad-Djama; de Rahamnat; de Demnjat.

Les abid-sidi-el-Bokhari qui ne font pas partie des expéditions militaires sont employés dans leurs cantons ou tribus à la garde et à la police du pays, sous la conduite de leurs alcaïdes ou officiers.

Il y a des alcaïdes de dix, de vingt-cinq, de cent hommes. Leurs grades, quoiqu'à la disposition des pachas, passent ordinairement de père en fils. Les quatre pelotons, de vingt-cinq hommes chacun, se distinguent par quatre étendards de couleurs différentes, c'est-à-dire vert, jaune, rouge et bleu. Une réunion de cinq centaines est commandée par un alcaïde de cinq cents hommes. L'emploi de ce dernier officier, ainsi que celui des pachas, des généraux, des gouverneurs, n'est ordinairement que temporaire. L'empereur les place, les renvoie, les récompense, les dépouille, sans autre loi que sa volonté. Tous peuvent être rejetés dans les derniers rangs de la société, puis employés de nouveau, et quelquefois dans des fonctions civiles étrangères à leur premier état. Les alcaïdes de dix, vingt-cinq, cent hommes, n'ont absolument que le traitement de simples soldats. Les alcaïdes de cinq cents hommes, les généraux, les pachas, les agents supérieurs civils, n'ont que le fruit de leurs avanies et des déprédations que leur position comporte. L'empereur connaît ces exactions et les favorise pour dépouiller ces fonctionnaires à leur tour, quand il les voit enrichis.