La solde, tant de l'alcaïde que du soldat, est absolument arbitraire, et le souverain la proportionne au service qu'il a reçu ou qu'il attend de ses troupes. M. le capitaine Burel l'évaluait, en 1840 à la somme annuelle de 65 francs pour un cavalier marié, et de 45 francs pour un célibataire; à celle de 50 francs pour le fantassin de la première catégorie, et de 40 francs pour le fantassin de la seconde; enfin, chaque jeune garçon et chaque veuve de soldat touche environ 32 francs en trois paiements, qui se font aux trois Pâques et en public.
Chaque famille de soldat jouit d'un terrain franc d'impositions et suffisant pour son entretien. Si la guerre ou la disette prive ces familles de leurs récoltes, l'empereur les aide en leur donnant gratuitement des vêtements et des grains. Au moyen de cette solde, de ces terres, de ces secours et de quelques bénéfices, licites ou non, attachés au métier de soldat de l'empereur, chacun est obligé de se fournir de cheval, d'armes, de poudre, de vivres, de transports, et d'être toujours prêt à marcher.
Outre la solde et les secours dont nous venons de parler, chaque Bokhari qui fait une campagne touche ordinairement 20 francs au départ et 20 francs au retour.
L'empereur appelle ses troupes dans les proportions d'infanterie et de cavalerie qui conviennent au pays et à l'ennemi contre lequel il va opérer. Tantôt la cavalerie forme les trois quarts de l'armée; tantôt elle n'y entre que pour la moitié; mais comme le cavalier est plus considéré, le soldat que sa jeunesse ou son indigence force de servir à pied n'a pas de repos qu'il n'ait obtenu un cheval, véritable instrument pour lui de fortune et de considération.
Les alcaïdes, pas plus que le général, ne se distinguent du simple soldat par aucune marque extérieure. Le soldat lui-même ne se distingue de l'artisan et du laboureur que par un fusil. L'habillement, qui est commun à toute la population, tant à la guerre que dans les douars, consiste en un bonnet rouge, en une chemise et un caleçon de toile, une veste longue serrée par une ceinture de cuir, des souliers jaunes sans bas, et par-dessus tout cela un burnous blanc.
Le harnachement du cheval est à peu près le même que dans l'Orient. La selle, dont le dossier et le pommeau sont fort élevés, est recouverte en drap rouge, ce qui contraste avantageusement avec les vêtement des cavaliers, qui éblouit par sa blancheur. Ceux-ci, au lieu d'éperons, adaptent à leurs talons une espèce de clou de 16 centimètres de longueur, gros comme le petit doigt et d'un poids effrayant.
Depuis près d'un siècle, les Maures ont quitté la lance, le javelot, la fronde. Leurs armes consistent en un fusil d'environ 2 mètres de long, léger cependant, et de calibre irrégulier; ils y adaptent depuis quelques années une longue baïonnette; ils ne savent d'ailleurs le porter qu'à la main ou en travers de la selle, ce qui les embarrasse dans les marches. Les abid-sidi-el-Bokhari, ou soldats de l'empereur, ont de plus un sabre demi-courbé, dont ils se servent dans la mêlée, et un poignard droit. Plusieurs tribus de Berbères ont, au lieu de sabre, un bâton à tête, qu'ils lui prêtèrent. On voit peu de pistolets, si ce n'est à la ceinture de quelques alcaïdes.
Toutes les troupes, infanterie et cavalerie, portent leur poudre dans des cornes de bœuf, et leurs balles dans une giberne à ceinturon, ou même un petit sac. Les soldats chargent le fusil en prenant la poudre à poignée, et mettant la balle séparément, ce qui exige au moins trois ou quatre minutes.
L'artillerie de campagne se réduit à quelques pièces de deux à quatre livres de balle, portées par des mulets et des chameaux.
Les Marocains sont braves et bons cavaliers, mais sans discipline, et complètement ignorants des plus simples manœuvres. Pour les combattre avec avantage, il ne faut donc que du sang-froid à des corps déjà accoutumés à guerroyer contre les Arabes; il faut surtout de la cavalerie, pour obtenir des résultats décisifs.