SALON DE 1873.--Sculpture.--Source de poésie, par M. Guillaume.

Comme on l'écrivait ici la semaine dernière, M. Guillaume est un de ces artistes d'élite à qui la perfection de l'exécution ne ferait jamais oublier la nécessité de la pensée. Pour lui, nymphes et déesses doivent être plus que des créatures aux belles formes; la muse qu'il exposait au Salon sous le titre de Source de poésie en est une preuve nouvelle.

Majestueusement assise, la tête couronnée du laurier sacré, l'œil tourné vers les cimes célestes, elle s'appuie d'une main sur la lyre antique, primitivement faite d'une écaille de tortue, tandis que de l'autre elle tient l'urne sainte d'où découle l'eau castalide, boisson pure des poètes. Une foule de petits génies viennent s'y abreuver; leurs ailes font songer involontairement au mot de Platon: Le poète est chose légère et ailée.

Jamais l'immortelle inspiration du grand et du beau n'a été mieux représentée que par cette muse au regard calme et profond, au visage noble et fier, à l'attitude pleine de dignité. Femme par un je ne sais quoi de doux et d'attachant, elle est déesse par la sérénité de son profil olympien; la passion, avec ses désordres et ses entraînements, n'a jamais pu l'atteindre; elle la domine de toute la hauteur de son rocher, inaccessible aux profanes; seuls, les initiés peuvent s'élever jusqu'à elle, et on sent qu'en s'abreuvant de son onde pure, ils perdront le goût et le souvenir des choses périssables pour ne plus songer qu'aux jouissances éternelles de l'art.

SALON DE 1873

Le président Bonjean

BUSTE EN PLATRE PAR M. SOLLIER

SALON DE 1873.--Buste du président Bonjean, par M. Sollier,

Le nom de M. le président Bonjean, connu et estimé de tous pendant sa vie, est devenu aujourd'hui celui d'un martyr. Personne n'a oublié sa courageuse attitude pendant le siège de Paris et tors des événements qui suivirent; averti du danger qu'il courait en restant dans la capitale abandonnée aux mains d'une révolution sans but, il refusa de fuir, ne pouvant croire que son honorabilité et sa qualité de magistrat étaient des titres suffisants pour le désigner à la vengeance des soldats de la Commune. Arrêté comme otage avec Monseigneur Darboy, enfermé à Mazas et lâchement assassiné au moment de l'entrée des troupes de Versailles dans Paris, il ne cessa d'étonner ses compagnons et ses gardiens eux-mêmes par sa fermeté et sa résignation.