Etant données les prémisses que nous venons de poser, vous seriez disposé à penser que toute bonne nouvelle se manifeste à la Bourse par une hausse significative, et que toute mauvaise nouvelle se cote par une baisse irrésistible.
Raisonnez ainsi et agissez en conséquence à la corbeille des Agents de change, et vous verrez de quels impairs vous émaillerez votre carnet d'opérations!
Ainsi, il est clair qu'en véritable Français, vous auriez dit à votre agent de change, le jour de la victoire d'Austerlitz, de vous acheter un paquet de rentes pour célébrer la gloire des armées impériales. Il est également certain, qu'en votre qualité de chauvin, vous vous seriez empressé de vendre à la nouvelle de Waterloo. La hausse vous eut semblé aussi certaine dans le premier cas que la baisse dans le second.
Ah! le bon billet de la Châtre qu'ont eu à ces deux époques, les spéculateurs patriotes qui ont raisonné d'après les errements que nous signalons. Ils ont durement expié le raisonnement qu'ils ont pu faire devant les grands événements qui représentaient pour l'histoire la grandeur et la décadence de la France.
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Vous saurez, en effet, qu'à la Bourse, il faut bien s'abstenir de raisonner comme dans les casernes.
Tout ce qui s'appelle dynastie, gloire, révolution, victoire, est accueilli à la Bourse avec un scepticisme des plus accentués. Tout ce vocabulaire des grandeurs de la terre fait peur à la Bourse.
Comme le médecin de Molière, le rentier a mis le cœur à droite et le foie à gauche, et il a remplacé la langue du chauvinisme, exalté par ces mots plus avantageux pour ses intérêts: Paix, sécurité, travail et richesse.
Aussi, le jour d'Austerlitz, prévoyant que cette victoire incomparable allait perpétuer le système guerroyant de l'Empire, la Bourse accueillait-elle la nouvelle par une baisse sensible!
Aussi, le jour de Waterloo, prévoyant que ce désastre allait porter à l'Empire le coup mortel, la Bourse qui voyait arriver la paix, accueillait-elle la nouvelle par une hausse caractérisée!