Le pope recula avec, autant d'effroi que s'il s'était agi de commettre un sacrilège; il jeta sur celui pour lequel on venait de l'invoquer un regard sombre et méfiant.

--Si la justice du tsar, notre père, l'a condamné, dit-il sentencieusement, il est coupable, et Dieu maudit la main qui essaye d'arracher la tête d'un coupable au bourreau.

Malgré sa piété, Alexandra ne conservait probablement aucune illusion sur une des faiblesses caractéristiques du clergé russe. Elle ne perdit pas son temps en vaines paroles; tirant sa bourse, elle en fit sonner le contenu.

Aux fauves éclats de l'or passant à travers le frêle tissu, les yeux du pope s'allumèrent, il étendit avidement la main vers la récompense proposée.

--Que faut-il faire? demanda-t-il d'une voix devenue humble.

--Donnez vos habits à ce jeune homme: sous ce costume respecté, il trompera peut-être les oiseaux de proie, acharnés à sa perte.

--Qu'il me suive! je ferai ce que vous désirez; la charité n'est-il pas le premier devoir du prêtre, répondit le pope avec un accent qu'un jésuite n'eût pas désavoué, mais sans détacher ses yeux de la bourse fascinatrice et en essayant une seconde fois de s'en emparer.

--Un instant, père, reprit la prudente Alexandra en éloignant l'objet de cette ardente convoitise; jure par la sainte Paganaïa que tu vois là-bas, que tu sauveras ce malheureux?

--Je jure de lui fournir des vêtements de pope; je jure de le conduire jusqu'au seuil de l'enceinte sacrée. Pour le reste, femme, adressez-vous à Dieu; notre salut dans ce monde comme dans l'autre est dans ses mains toutes puissantes.

--C'est la vérité, mon père, murmura sourdement Alexandra, et pendant que vous accomplirez votre promesse, j'invoquerai celui qui préserva David des embûches des Ammonites.