avait dit Lamartine en parlant de l'assassinat dont M. Gourdon de Genouillac se fait aujourd'hui l'historien.
Et à propos de Lamartine, nous aurons avant peu à parler des deux volumes de Correspondance qu'on vient de publier. Ce nous sera une occasion d'étudier encore de plus près cette belle physionomie de poète. Mais avant d'arriver à lui, citons, pour être plus libres, les nouveautés que nous nous contenterons d'annoncer, ne les pouvant critiquer toutes. M. Maxime Du Camp a donné le tome quatrième de son livre superbe et définitif sur Paris (c'est la mendicité, les hôpitaux, le Paris misérable qu'il étudie cette fois).
Timothée Trimm a publié une curieuse et piquante Vie de Paul de Kock, qui sert de préface à l'édition inépuisable du conteur, chez Georges Barba. Alphonse Lemerre continue son édition de Rabelais, son Molière, son Beaumarchais--des chefs-d'œuvre--et il a réédité magnifiquement l'Ensorcelée, de Barbey d'Aurevilly. Jouaust donne une édition superbe de La Bruyère, avec préface de Louis Lacour, et un Gil Blas de Lesage, dont M. F. Sarcey a écrit allègrement l'avant-propos. Un livre fort agréable à lire et à emporter à Vienne, qu'il peint lestement et gaiement, ce sont les Voyages d'un fantaisiste, de M. A. Millaud. C'est pimpant et parisien. M. Charpentier réimprime le Marcomir d'Alfred Assolant, un des meilleurs livres de l'auteur des Scènes de la vie aux États-Unis.
Je termine enfin cette longue énumération. M. J. Autran a publié un nouveau volume de vers, les Sonnets capricieux. Un ami de l'auteur, qui n'a de complaisance pour personne, M. V. de Laprade, a jugé ces sonnets en un mot: ce sont des abeilles attiques exilées au pays gaulois. Le jugement est charmant et nous sommes, pour notre part, de l'avis de M. de Laprade.
Jules Claretie.
SALON DE 1873
La Neige, tableau de M. Daubigny.
Il n'y a pas à décrire cette toile d'une composition si simple, en même temps que d'un aspect si saisissant; M. Daubigny est un maître pour qui la nature n'a plus de secrets: clairières, ombrages touffus, ruisseaux murmurants, prairies verdoyantes, il a tout étudié, tout compris, tout traduit. Aujourd'hui il abandonne la recherche du détail, il cesse de poursuivre l'exactitude du fait matériel, et se borne à rendre une impression d'ensemble, un effet général; il est permis de se demander si tel est bien le but de la peinture, et particulièrement du paysage; mais cette restriction une fois posée, si l'on consent à ne pas se préoccuper de ce qu'il y a de systématique et de voulu dans une telle manière, on ne peut se refuser à reconnaître le mérite de l'exécution et à admirer le talent du peintre. M. Daubigny est un virtuose qui imagine des variations savantes sur un thème donné; sûr de ses moyens, il sait où il va et ne craint pas de s'égarer; il est bien certain d'arriver au résultat qu'il veut produire.
Voyez plutôt cette vaste campagne, couverte de neige, avec son ciel d'hiver, sur laquelle se détache un bouquet d'arbres dénudés, et qu'anime seulement une nuée de noirs corbeaux; est-il un sujet moins compliqué et où l'on sente moins l'arrangement?
Et pourtant, quelle intensité d'effet! Comme l'œil erre, sans savoir où se fixer, sur ces lointains blanchâtres, qui se confondent avec le gris sombre des nuages! Ce n'est pas tel ou tel champ de tel ou tel pays, c'est l'hiver dans tout ce qu'il a de froid et de triste, c'est décembre, à l'aspect morne et désolé, rendu avec une rare vigueur et une extraordinaire puissance d'expression.