Et ne reparut pas.--De larges bulles d'air
Couvrirent seulement les flots couleur de fer...
C'est ainsi, dans la nuit du 10 juillet, qu'un lougre
De Dunkerque eut un homme à la mer.--Pauvre bougre!
M. Camille Delthil est moins réaliste dans ses Poèmes parisiens. Et pourtant il ne recule pas devant le mot propre. Il dit tout et le dit vigoureusement. Son indignation est sincère et profonde dans son poème de Cora. Je vous recommande cette peinture irritée de la vie des courtisanes. C'est une actualité par le temps de suicides bêtes qui court.
M. Jules Rengade est à la fois poète et médecin. Poète, il signe Aristide Roger un recueil de vers Les Rayons d'avril. Savant, il publie les Promenades d'un naturaliste aux environs de Paris. Il nous instruit ici comme il nous charmait là! M. Rengade est un esprit tout à fait distingué et sympathique. Je voudrais bien annoncer, puisque j'ai parlé d'un docteur, les derniers écrits du docteur Déclat sur le Charbon et les Maladies de la peau. On trouvera, dans son dernier livre, un dramatique chapitre du siège de Paris: la mort du pauvre acteur Seveste, blessé à Buzenval, et, en racontant l'agonie du malheureux comédien, M. Déclat nous donne--texte en main--la preuve que le blessé pouvait être sauvé. On est navré en lisant ces pages qui font honneur à la science et au courage de l'homme qui les publie.
Je recule devant la quantité d'ouvrages qu'il me faut encore signaler. Comment juger en quelques mots et même en quelques lignes les études constitutionnelles, économiques et administratives que M. J. J. Clamageran, l'ancien adjoint à la mairie de Paris, appelle La France républicaine? Le nom de l'auteur et la gravité des questions traitées dans ce livre, où M. Clamageran aborde les divers problèmes de l'instruction publique, du service militaire, de la monarchie constitutionnelle et de la République, suffisent à recommander cet ouvrage à l'attention.
J'en dirai autant des Lettres républicaines de M. Georges Coulon, où l'auteur suppose deux correspondants échangeant entre eux leurs idées sur la politique actuelle. L'un est conservateur acharné, l'autre un républicain convaincu et fort ami de l'ordre autant que de la démocratie. Est-il besoin d'indiquer de quel côté penche la sympathie de M. Coulon, ancien préfet de la Défense nationale? Son livre, l'esprit de son livre, écrit sous la forme vive du pamphlet de bon ton, peut se résumer de cette manière: «Si la République ne peut exister qu'à la condition d'être conservatrice, la République conservatrice ne peut durer qu'à la condition d'être démocratique.» L'auteur conclut ainsi nettement: La démocratie exclut désormais toute forme de gouvernement autre que la monarchie césarienne ou la République. Il importe donc d'organiser la République pour éviter le pire des États, le césarisme, et les écrits pareils à celui de M. Coulon sont fort utiles pour résoudre le problème.
Un des exploits du césarisme de 1804, ce fut l'exécution du duc d'Enghien dans les fossés de Vincennes. Bonapartistes et légitimistes, temporairement alliés, paraissent oublier cette légère anecdote. Mais M. Gourdon de Genouillac prend soin de les en faire souvenir. Il publie sous forme de roman, ou plutôt d'histoire dialoguée, le Crime de 1804, et rien n'est plus lugubre qu'un tel récit, où le duc d'Enghien joue bravement le rôle de la victime égorgée. Livre à méditer par le temps d'alliances qui court; le sang innocent, même après soixante-neuf ans, crie encore vengeance.
La gloire efface tout, tout excepté le crime!