GRANDE-BRETAGNE.

La Chambre des Communes a voté, la semaine dernière, malgré l'opposition du ministère, une proposition qui peut paraître chimérique, mais qui montre que les idées de progrès et d'humanité ne cessent jamais de perdre complètement leur empire, même aux époques les plus troublées. Aux termes de cette proposition, le gouvernement est invité à faire appel au tribunal arbitral, avant de recourir à la force des armes, chaque fois qu'il s'élèvera un conflit entre lui et une puissance étrangère; il devra en outre s'appliquer par tous les moyens possibles à amener entre les puissances une entente ayant pour but l'institution d'un semblable tribunal pour régler pacifiquement les différends qui pourraient s'élever entre elles. Combattue avec assez de vivacité par M. Gladstone, qui l'a qualifiée d'utopique et en a démontré l'inefficacité, cette motion n'en a pas moins été adoptée comme nous l'avons dit, car elle avait pour elle l'éloquent exemple de la solution dù différend relatif à l'Alabama; remplira-t-elle son objet et réussira-t-elle à délivrer l'humanité du fléau de la guerre? Il faut le souhaiter si l'on n'ose l'espérer.

Les fiançailles du duc d'Édimbourg, second fils de la reine d'Angleterre, avec la grande-duchesse Marie Alexandrowna, fille de l'empereur de Russie, ont été célébrées la semaine dernière au château de Heiligenberg, près de Jugenheim, dans la Hesse. La grande-duchesse, née le 17 octobre 1853, atteindra bientôt sa vingtième année. Le duc d'Édimbourg a vingt-neuf ans; il est né le 6 août 1844.

COURRIER DE PARIS

Il est donc parti, il ne reviendra plus. Je ne le nomme pas; ce ne serait point la peine de le nommer. Vous avez assez vite deviné de qui je veux parler. Il est parti. Qu'Allah soit loué jusqu'à ce ciel de nacre où El Borak, la divine jument du Prophète, va conduire les houris aux grands yeux noirs! On compte de cela sept jours depuis qu'il a pris le chemin de fer qui l'a conduit de Dijon à Genève. De Suisse il va en Italie, du Tyrol à Constantinople. Jamais vagabonde comète n'aura laissé derrière elle une si longue traînée de fêtes et d'étincelles.

En nous quittant, il s'est amusé à faire pleuvoir des croix par poignées. Avez-vous vu sa plaque? Un soleil au milieu duquel se dresse un lion tenant une épée dans ses griffes. Le tout entouré de diamants. Ceux qui s'étaient constitués ses historiographes du jour et de la nuit racontent qu'il a distribué cinq cents de ces soleils. Comment! rien que ça! La belle poussée pour un pays où c'est une maladie de naissance que de porter des rubans! «--Mon Dieu, s'écriait le vieux roi Louis-Philippe, ils demanderaient des croix au choléra, si le choléra en donnait!»

Pour en revenir à celui qui en a semé cinq cents, plus de quatorze cents placets avaient été déposés au Petit-Bourbon; Malcolm-Khan, le premier ministre, a dû mettre une digne à cette inondation de suppliques. Tandis qu'on y était, on aurait bien satisfait à toutes les demandes. Qu'est-ce que ça pouvait leur faire, neuf cents décorations persanes de plus ou de moins! Mais au moment où l'on se disposait à doubler la pluie, à la tripler même, on a découvert avec stupeur qu'on avait usé jusqu'au dernier tous les brevets imprimés et scellés ad hoc. En partant de Téhéran, on avait rempli toute une caisse de ces parchemins, pensant que la cargaison serait suffisante. Cette disette de diplômes a tout arrêté. Ah! si l'on avait su en quoi consiste, sous ce rapport, la furia francese, ce n'est pas une caisse, c'est une demi-douzaine qu'on aurait mêlée aux bagages!

Nassr-ed-Din a emporté Paris avec lui, en Orient. Savez-vous comment? Un peu avant son départ, M. Alphand lui a fait présent de son intéressant ouvrage, Les Promenades de Paris, qu'a publié l'éditeur J. Rotschild.--M. Alphand, vous le savez, est l'habile ingénieur qui a fait le Paris décoratif que vous connaissez.--De retour à Téhéran, le shah feuillettera plus d'une fois ce curieux volume en se rappelant les monuments qu'il a visités, les jardins, les grandes voies et les places qu'il a traversés.--Et qui sait? peut-être ce volume lui servira-t-il, un de ces jours, à décréter un Paris oriental?

Lui parti, l'ambassade japonaise arrive. C'est la douzième que nous voyons entrer dans nos murs. Venez, Japonais! Soyez les bien-venus! On a toujours fait bon accueil à vos devanciers. Pourquoi ne vous ménagerait-on pas, à vous aussi, une réception de première classe? MM. les reporters préparent déjà leurs carnets. On va nous tenir au courant des faits et gestes de l'ambassade nouvelle. A première vue, par malheur, on a pu constater une lacune. Cette douzième ambassade japonaise manque absolument de Taïcoun.

Point de Taïcoun, qu'en dira-t-on?