--Est-il possible qu'il existe tant de romanciers chez nous? On en compte trois cents en France, pays de l'esprit, du goût, du caprice! Et ces gens-là font chacun cent volumes, au bas mot! Savent-ils ce qu'ils font? J'en doute! Il est si difficile de faire un bon roman! Il est si peu commun de faire sortir trois nouvelles de sa tête! On condamne tous les jours pour un article de politique à la prison, à l'amende, à l'exil, à la mort. Pourquoi pas ces peines pour un mauvais roman?

Philarète Chasles avait commencé par faire des vers,--comme tout le monde.--A la longue, il était devenu si rebelle à la prosodie qu'il ne savait plus par filer un seul distique.

Il se montrait émerveillé d'un tour de prestidigitation poétique qu'il avait vu exécuter à Méry, un soir, chez Orfila, le doyen de l'École de médecine. On jouait à remplir des bouts rimés. Le tour vint à l'auteur d'Héva, qui avait à accoupler ces quatre rimes:

Fête,

Deuil.

Faite

D'œil.

Et voici ce que Méry avait improvisé:

Un jour de fête,

Un jour de deuil.