Un vote récent de l'Assemblée nationale, ratifiant le marché de M. Thiers, a déclaré que les fresques de la Magliana demeureraient à la France. A ce sujet, un député de la droite, qu'on dit fort compétent en matière d'art, avait demandé qu'on passât outre. L'honorable M. Buisson (de l'Aude) niait que les peintures fussent de Raphaël.

Il n'avait à invoquer d'autre raison que celle-ci, c'est qu'à première vue il n'avait pas éprouvé de saisissement. A la vérité, on lui objectait qu'un membre de l'Académie française, ancien inspecteur des beaux-arts, avait presque tremblé comme la feuille, agité d'un religieux respect, aussitôt qu'il avait été mis en regard des fresques. En effet, M. L. Vitet, mort si vite, s'était découvert pieusement.

--Je commence par saluer le grand maître, disait-il.

Quoi qu'il en soit, le mot de saisissement, prononcé par M. Buisson, a rapidement fait fortune. En ce moment même, il fait son tour de France, porté sur les ailes de cinq cents journaux de toutes couleurs. Il est tout à la fois l'opposé et l'analogue d'un autre mot fameux du maréchal Soult. C'était de même à propos d'un chef-d'œuvre.

Il s'agissait de cette Vierge de Murillo que le duc de Morny a payée plus tard un denier énorme, c'est-à-dire plus de sept cent mille francs. Sous Louis-Philippe, à l'époque où le vieux duc de Dalmatie était ministre de la guerre, toujours assidu au palais des Tuileries, une jeune princesse de la famille royale, un peu maligne, lui demandait de quelle façon il avait eu ce tableau du plus grand des peintres espagnols.

--Altesse, c'était pendant nos conquêtes de l'autre côté des Pyrénées, répondit le soldat avec l'accent un peu gascon qui donnait tant de relief à sa parole. Nous étions à Burgos. J'entrai avec la victoire dans l'église d'un couvent. Là, je vis la Vierge de Murillo, et tout aussitôt une idée de ravissement me monta à la tête.

Il n'y a rien de plus joli que la manière dont ce mot de ravissement est enchâssé dans la phrase du maréchal.

Pour que je ne m'écarte pas trop de ces thèmes de tableaux et de sujets sacrés, laissez-moi rappeler ici un épisode de la vie d'un de nos grands artistes contemporains. Je parle de celui qui a jeté sur la toile la Bataille des Cimbres et des Teutons.

La scène se passait dans les rues de Beauvais, pendant la Fête-Dieu. On disait: «Voilà la procession.» Deux cents jeunes filles en blanc jetaient à terre des bluets, des roses, des œillets. En présence de ce spectacle, Alexandre Decamps, qui avait trop d'esprit pour ne pas respecter toutes les croyances, s'était découvert à la hâte; seulement, fumeur intrépide et distrait, il avait oublié de retirer sa pipe.

L'évêque du diocèse, qui le connaissait, lui dit à demi-voix, en passant: