--Ah! monsieur Decamps, vous fumez!

--Pardon, monseigneur, lui répondit le peintre sans se déconcerter, mais l'encensoir fume bien!

--C'est juste, répondit le prélat en souriant de ce qu'il savait n'être qu'un oubli.

Sous quelques jours va commencer une scie patriotique qui revient invariablement chaque année, celle des distributions de prix. Il n'y aura alors d'un bout à l'autre de la ville que discours d'académie, fanfares, lauriers en papier peint et larmes de joie tombant de l'œil des mères. Le ministre de l'instruction publique a déjà désigné ceux des éminents personnages auxquels incombera le devoir de présider ces importantes cérémonies. C'est un festoiement qui se prolongera pendant tout le mois d'août. Étonnez-vous d'apprendre que tant de fils d'Alceste se hâtent de quitter Paris avant que ce jeu commence!

Chose à noter, il a été un moment question de faire présider toutes les distributions de prix par des généraux en grand uniforme. Les pensionnats de demoiselles ne devaient pas être exceptés. Pour légitimer cette manifestation, de bons esprits invoquaient une raison de haute politique. Dès à présent, la France entière redevient un soldat. Toute la nation est militaire. Il faut donc qu'on s'habitue à donner une physionomie guerrière à nos mœurs mêmes les plus pacifiques. La chose a été sur le point d'être adoptée. Elle l'aurait été sans doute sans la vive protestation des généraux qui ont réclamé un sursis.

--Remettons la chose à l'année prochaine, auraient dit plusieurs d'entre eux. Présider des distributions de prix, c'est un métier à apprendre, nous ne sommes pas encore prêts.

A l'appui de cette opinion, l'un d'eux, rude et excellent sabreur, ne craignait point de rappeler un souvenir qui lui est personnel.

Cela se passait sur la fin du second empire.

A la distribution des prix d'un des lycées de Paris, le proviseur aperçut dans la foule des spectateurs le susdit général, illustre épée qui venait là pour être témoin des triomphes classiques d'un cancre de petit-fils.

Aussitôt invitation fut faite au guerrier de prendre place sur l'estrade. Chacun de s'empresser, chacun de lui faire honneur.